Vue aérienne de l'usine de Dunkerque.
Crédit : Aliphos

Nouvelle usine à Dunkerque : Aliphos vise autonomie et flexibilité

Inaugurée officiellement le 21 juin 2018, la nouvelle usine de Dunkerque est un concentré des technologies d’Aliphos, l’un des plus importants producteurs de phosphates inorganiques pour l’alimentation animale en Europe.

Vue aérienne de l'usine de Dunkerque. Crédit : Aliphos

Vue aérienne de l’usine de Dunkerque.
Crédit : Aliphos

Aliphos est une filiale du groupe belge Ecophos créé en 1996 par Mohamed Takhim. Employant 300 personnes, le groupe a son quartier général et son principal centre de recherche à Louvain-la-Neuve (Belgique), possède aussi un bureau d’études à Lummen et un centre d’excellence en Bulgarie.

Aliphos dispose actuellement de trois usines en Europe. Deux d’entre elles ont été fondées précédemment sous une autre enseigne avant de rejoindre le giron Aliphos : l’activité aux Pays-Bas remonte à 1917, celle de Bulgarie a démarré en 2002. D’ici 2020, Aliphos sera également actif en Inde et en Égypte, permettant à la capacité de production du groupe de passer de 620 000 t/an en 2017 à un million de tonnes à l’horizon 2020.

Un procédé de production durable

Entièrement neuve et véritable vitrine technologique du groupe, l’usine de Dunkerque a vu son premier camion sortir le 26 décembre 2017. La principale caractéristique de cette usine est de produire un nouveau phosphate bicalcique dihydraté : Aliphos Dical+. Pour mémoire, le phosphate bicalcique (DCP) est un produit minéral commercialisé sous deux formes (DCP anhydre et DCP dihydraté) et ces deux types de DCP sont utilisés en Europe pour la nutrition animale. Issus d’un process industriel, ils offrent un rapport Ca/P supérieur à 1,29.

« La clé de voûte du procédé de production d’Aliphos Dical+ (voir encadré p.XX) est la technologie Ecophos inventée par Mohamed Takhim et qui permet de valoriser des roches de plus faibles qualités, jusqu’alors très peu exploitées », affirme Jean-Philippe Loy, directeur de l’usine de Dunkerque qui nous accueille avec Christophe Luittre, responsable des ventes Aliphos. Grâce à la technologie Ecophos, l’usine de Dunkerque peut utiliser des matières premières plus ou moins riches en phosphore, d’où une plus grande liberté dans le choix de ses fournisseurs. Aliphos Dical+ repose donc sur un procédé de production plus durable, « la technologie utilisée préservant les réserves mondiales de roches ». Grâce au procédé Ecophos, les impuretés de la roche phosphatée restent en effet principalement dans un sous-produit, qui sera valorisé comme engrais. « La pureté d’un phosphate est étroitement liée à sa biodisponibilité. Plus l’acide phosphorique est contaminé, plus le phosphate contiendra des éléments indigestibles », affirme Christophe Luittre qui ajoute que grâce à sa structure micro-cristalline, Aliphos Dical+ s’écoule bien et génère peu de poussières.

L’aspect durable de l’usine de Dunkerque se retrouve dans la façon dont elle organise ses approvisionnements en matières premières : la roche phosphatée arrive directement par bateau par le port de Dunkerque. L’acide phosphorique arrive également par bateau, puis est acheminé jusqu’à un appontement près de l’usine par pipeline. Enfin, le carbonate de calcium arrive à l’état brut sur le site de l’usine où il est ensuite broyé, le fournisseur (les Carrières du Boulonnais) s’étant installé sur place. En 2019, une usine qui aura comme sous-produit de l’acide chlorhydrique s’installera sur la zone industrielle où se situe l’usine Aliphos et délivrera directement le HCl par pipeline au lieu de camions actuellement. « Notre bilan carbone va nettement s’améliorer », note Jean-Philippe Loy qui ajoute que l’usine de Dunkerque devrait atteindre d’ici fin 2018 sa capacité nominale de production de 220 000 t.

Poste d'arrivée de la roche (sur la droite) avec à gauche l'unité de broyage et de séchage du carbonate de calcium.

Poste d’arrivée de la roche (sur la droite) avec à gauche l’unité de broyage et de séchage du carbonate de calcium.

Digestibilité élevée

L’équipe de recherche d’Aliphos a conduit différents essais sur volailles et porcelets afin de comparer la digestibilité d’Aliphos Dical+ avec celle de mélanges de produits (MCP et MDCP) contenant des phosphates présents sur le marché européen. En volailles, deux essais ont été menés à l’université de Wageningen aux Pays-Bas en 2016 et 2017, et ils ont démontré la qualité d’Aliphos Dical+ en termes de valeur nutritionnelle, avec une digestibilité du phosphore significativement plus élevée (82 %) que le DCP (phosphate dicalcique) anhydre (65 %), et une digestibilité équivalente aux MCP (phosphates monocalcique) testés. D’autres essais menés sur porcelets au Schothorst research center également aux Pays-Bas ont abouti aux mêmes conclusions, avec une digestibilité du phosphore de 80 % pour Aliphos Dical+ et le MCP, et une digestibilité de 60 % pour le DCP anhydre. La valeur nutritionnelle d’Aliphos Dical+ a également été évaluée en dindes grâce à des essais conduits en 2018 à l’université de Wageningen. Ces essais ont également démontré la supériorité nutritionnelle d’Aliphos Dical+ avec une digestibilité du phosphore significativement plus élevée (75,1 %) que celle du DCP anhydre (43,3 %), supérieure à celle du MCP (70,7 %), avec en parallèle une digestibilité du calcium significativement plus élevée (71,4 %) que celle du DCP anhydre et du MCP.

« Tous ces essais confirment ceux réalisés par Tessenderlo dans le passé et ils démontrent que notre phosphate bicalcique dihydraté a sa place sur le marché par rapport aux autres sources de phosphate monocalcique », résume Christophe Luittre.

Ayant créé une centaine d’emplois locaux (50 emplois directs et 50 emplois indirects), la nouvelle usine de Dunkerque a fait partir début juillet son premier bateau d’Aliphos Dical+ en direction de l’Espagne, et une première expédition à destination du Pérou était prévue en août sous forme de big-bag. « Nous disposons de deux silos de 3 000 m³ sur le port de Dunkerque pour organiser nos expéditions », précise Jean-Philippe Loy.

La saga d’Aliphos ne s’arrête pas là, avec une nouvelle usine de Dical +qui devrait démarrer en Égypte d’ici fin 2018, suivie d’une seconde en Inde fin 2019 – début 2020. Avec pour objectif un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros en 2020, soit cinq fois celui de 2015.

Philippe Caldier

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