Greensea, basée à Mèze dans le sud de la France, est spécialisée dans la culture de microalgues à grande échelle et la valorisation de composés à base de végétaux marins.

Microalgues : une ressource à haut potentiel

Des centaines de milliers de microalgues peuplent notre planète. Elles sont indispensables à la chaine alimentaire et possèdent un potentiel quasi infini de propriétés.

Jean-Paul Cadoret est directeur de Greensea, société française pionnière dans la recherche, la valorisation et la production, depuis 30 ans, de microalgues. Rencontre.

Jean-Paul Cadoret, directeur de Greensea.

Jean-Paul Cadoret, directeur de Greensea. (crédit : Greensea)

La Revue de l’alimentation animale : Pouvez-vous nous présenter Greensea ?

Jean-Paul Cadoret : Greensea, basée à Mèze dans le sud de la France, a été créé en 1988 sous le nom d’Aquamer et renommée en 2005. La société est spécialisée dans la culture de microalgues à grande échelle et la valorisation de composés à base de végétaux marins de façon plus générale. Nous sommes activement présents sur trois marchés mondiaux : l’aquaculture, les ingrédients cosmétiques et les colorants fluorescents. Nous sommes également, aujourd’hui, dans une phase offensive en direction de l’industrie nutraceutique, alimentaire et des aliments pour animaux. Nous nous distinguons par la variété des microalgues et de produits de la mer que nous proposons, et de nos systèmes de culture à grande échelle réalisée dans un environnement contrôlé et sous stricte fabrication et assurance qualité.

Depuis 30 ans, notre société a développé sa propre collection de microalgues et de rotifères, atteignant plus de 400 souches, d’origine méditerranéenne, par exemple, voire extrêmophiles. Nous travaillons avec différents systèmes de culture : discontinue (annulaires et des gaines à usage unique, des photobioréacteurs), ou encore continue (photobioréacteurs tubulaires), représentant un total de 100 m3 de la culture occupant plus de 800 m2. Enfin, nous disposons d’un parc complet d’équipement dédié à l’extraction, la concentration, la purification et le conditionnement de toutes sortes de produits naturels marins.

RAA : Comment peut-on définir une microalgue ?

J-P. C. : Le terme de microalgue concerne un ensemble d’organismes aquatiques photosynthétiques unicellulaires, possédant des caractéristiques tellement dissemblables que le regroupement fait appel à des notions arbitraires. Des centaines de milliers d’espèces, vraisemblablement des millions d’après nos collègues responsables de l’expédition Tara, sont réparties sur la surface du globe. Elles ont colonisé tous les milieux, des glaces polaires aux zones désertiques ou encore les sources d’eau chaudes. Elles se sont adaptées aux environnements extrêmes, vivant dans des marais salants, dans des milieux acides, voire dans des conditions d’éclairement très faibles ou variables. Elles participent à 90 % de la production primaire, elles jouent un rôle majeur dans le climat mondial comme machine à transformer le CO2 en matière organique. Sans microalgue, pas de krill, pas de poissons, pas de baleines…

RAA : Comment sont-elles produites ?

J-P. C. : On sait les cultiver dans des volumes variés, de quelques millilitres dans des tubes à la centaine de litre dans des structures appelées photobioréacteurs, voire dans des lagunes à ciel ouvert ou sous serre. On sait d’ailleurs tout faire à l’échelle laboratoire : les conserver dans des collections protégées, les produire et atteindre des productivités hautes, orienter leur métabolisme dans ces photobioréacteurs contrôlés pour privilégier l’expression de molécules choisies et concentrer, sécher, extraire, purifier. On parle sérieusement de bioraffinerie, consistant à éclater et valoriser tous les composants (l’équivalent du cracking ou de la gazéification). Et pour la plupart de ces étapes, les mises à l’échelle industrielle sont en cours donnant lieu à des compétitions et émulations très constructives. Des métiers naissent : producteurs, récoltants, transformateurs, nourris d’une recherche internationale en action exponentielle. Des dizaines de sociétés privées au début du siècle, des centaines d’entreprises plus de 15 ans plus tard.

Greensea, basée à Mèze dans le sud de la France, est spécialisée dans la culture de microalgues à grande échelle et la valorisation de composés à base de végétaux marins.

Greensea, basée à Mèze dans le sud de la France, est spécialisée dans la culture de microalgues à grande échelle et la valorisation de composés à base de végétaux marins. (Crédit : Greensea)

RAA : Quelles sont les principales microalgues produites aujourd’hui pour l’alimentation ?

J-P. C. : Aujourd’hui, trois microalgues sont principalement utilisées en alimentation et autorisées par la règlementation en vigueur pour les novel food *: la spiruline, la chlorelle et Ondontella aurita. Les microalgues représentent une source de nourriture importante en production animale, hors aquaculture. On estime que 30 % de la production algale mondiale est dévolue à l’alimentation animale terrestre, représentant un marché colossal. Cependant, un des premiers domaines d’application où les algues ont trouvé leur place concerne l’aquaculture. La production de phytoplancton reste une étape incontournable de l’élevage de mollusques, de crevettes et de poissons dans les premiers stades de développement, c’est-à-dire pour les premiers stades larvaires, pour lesquels, cet apport alimentaire doit être vivant. Bien que l’éventail des microalgues concernées représente seulement quelques dizaines d’espèces, seule une douzaine est communément cultivée. Les études pointant scientifiquement les liens entre choix du cocktail d’espèces composant la nourriture algale et qualité des élevages restent cependant à compléter.

RAA : Quels sont les actifs particulièrement intéressants pour le marché de la nutrition animale ?

J-P. C. : Même si leur composition est extrêmement riche, il faut bien préciser avant tout que l’on ne nourrit pas les animaux avec des microalgues comme avec du fourrage ou en aliment principal. Elles sont bien utilisées comme compléments alimentaires pour leurs activités bénéfiques. Au vu de l’éventail impressionnant d’espèces connues, ou pas encore, on remarque une grande variabilité de la composition et concentration en actifs.

Mais on sait que les microalgues sont de bonnes candidates pour produire les acides gras poly-insaturés (EPA et DHA notamment), qu’ils soient en oméga-3 ou oméga-6, ce sont d’ailleurs elles qui les fournissent aux poissons qui les concentrent. Que dire alors de leurs pigments, rouges, verts, bleus, oranges, jaunes, bruns (phycobiliprotéines, chlorophylles, caroténoïdes) aux propriétés colorantes, antioxydantes, anti-bactériennes, etc. Elles sont également riches en polysaccharides sous leurs formes sulfatées et en protéines.

RAA : Quelles sont les perspectives de développement pour la filière de l’alimentation animale aujourd’hui ?

J-P. C. : Comme je l’ai précisé et en ce qui concerne la nutrition animale, les microalgues sont utilisées aujourd’hui principalement en aquaculture pour l’élevage de mollusque mais également pour élever les premiers stades larvaires de certains poissons. Elles pourraient également représenter pour la pisciculture une alternative à l’utilisation des farines de poisson comme aliment. Dans un contexte de préservation de la biodiversité et du problème de la gestion des stocks d’espèces marines, la substitution totale ou partielle de ces farines et huiles par des microalgues est un enjeu économique et écologique important. De manière générale, la substitution des huiles de poisson par des huiles d’algues est parfaitement envisageable, même si la dimension économique ne doit pas être sous estimée. Et s’il est possible de nourrir des bars avec des microalgues séchées, on peut aussi, par exemple et selon des études, incorporer entre 5 à 10 % de microalgue dans la ration alimentaire des poulets avec une conséquence sur la coloration de la viande et du jaune d’œuf. Les développements se tourneront vers une valorisation des actifs connus et vers de nouvelles applications, et la recherche de nouvelles microalgues au potentiel intéressant pour cette filière.

Des choix vont être faits, des occasions saisies, des investissements risqués qui modèleront le panorama du domaine végétal de demain en termes d’économie et de géopolitique. Et au vu des différences de production et de valorisation au niveau mondial, le prix du kilo d’algue ne sera pas le même en Inde ou en Limousin. Et les surfaces mobilisables non plus d’ailleurs. En France et en Europe, les points positifs de développement sont forts, bénéficiant d’un tissu universitaire et académique reconnu, assisté de stations biologiques de renom. L’ensemble aidé par une politique incitative nationale non négligeable et une stratégie européenne lucide. Et un entrepreneuriat dynamique également. Nous sommes en création de marché et les coûts s’adapteront au fur et à mesure. Tout cela ne peut qu’aller dans l’émergence de cette biotechnologie marine aux hauts potentiels.

Propos recueillis par C. Morice

*Novel food : Ce sont des aliments ou des ingrédients dont la consommation était négligeable voire inexistante dans les pays de l’Union européenne avant le 15 mai 1997. Pour entrer dans cette catégorie, ils doivent de plus présenter une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : posséder une structure moléculaire primaire nouvelle ou délibérément modifiée ; être composés de micro-organismes, de champignons ou d’algues ou être isolés à partir de ceux-ci ; être composés de végétaux ou être isolés à partir de végétaux ou d’animaux (à l’exception des pratiques de multiplication ou de reproduction traditionnelles et dont les antécédents sont sûrs) ; résulter d’un procédé de production qui n’est pas couramment utilisé (lorsque ce procédé entraîne des modifications significatives de leur valeur nutritive, de leur métabolisme ou de leur teneur en substances indésirables). Les novel food sont définis dans le règlement européen CE n° 258/97

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