Journées de la recherche porcine 2021 : la nutrition omniprésente

Les 53es Journées de la recherche porcine (JRP) ont eu lieu sous forme de congrès virtuel du 1er au 4 février 2021, avec la participation d’organismes de recherche et d’entreprises auteurs d’une quinzaine de pays. La nutrition, au-delà d’une session spéciale qui lui est dédiée, était présente dans de nombreuses thématiques abordées. Petit tour d’horizon au sein du recueil des communications de près de 450 pages.

Plusieurs communications abordent tout d’abord l’alimentation au sein de la session génétique qui ouvre traditionnellement les JRP. Dans sa présentation intitulée Combiner génétique et nutrition pour une optimisation économique et environnementale en production porcine, Tara Soleimani de l’Inrae rappelle tout d’abord que les impacts environnementaux (IE) et les résultats économiques des systèmes de production peuvent être évalués par des analyses de cycle de vie couplées à des modèles bioéconomiques. De tels modèles ont été développés à partir des performances individuelles de porcs, pour quantifier les IE, et le résultat économique de scénarios combinant des génétiques différentes pour l’efficacité alimentaire, levier majeur de réduction des coûts et de la production d’effluents, et des formulations multi-objectifs des aliments.

La nutrition périnatale est un facteur important pour le développement des porcelets. (crédit : JRP)

Après définition des besoins nutritionnels spécifiques de chaque génétique, des aliments dédiés ont été formulés à moindre coût (MC), à moindre impact environnemental (ME, poids équilibrés pour les 4 catégories), ou combinant ces deux critères (MEC). Les données génétiques (2×57 porcs de lignées divergentes pour l’efficacité alimentaire, performances individuelles obtenues avec un aliment conventionnel) ont permis d’estimer les besoins nutritionnels par lignée, puis de simuler des performances individuelles en réponse aux aliments optimisés. Avec le régime conventionnel initial, la lignée plus efficace avait -7 % d’IE et un meilleur profit (P < 0,001). Avec les aliments ME et MEC, l’avantage environnemental des animaux efficaces était réduit (4,91 % et 4,29 %), et l’aliment MEC permettait d’atteindre des profits similaires pour les deux lignées. Cette approche permet donc dans une certaine mesure de compenser, par l’ajustement sous contraintes des rations alimentaires, les désavantages génétiques des animaux les moins efficaces sur les plans économiques et environnementaux. Il est alors envisageable d’orienter des choix stratégiques de sélection et de conduite pour proposer une production porcine durable.

Une autre présentation de Bénédicte Lebret de l’Inrae s’intéresse aux stratégies génétiques et alimentaires pour améliorer les qualités sensorielles et nutritionnelles des viandes chez le porc. « Les effets des facteurs génétiques et d’élevage, en particulier la conduite alimentaire, sur les qualités intrinsèques des viandes sont relativement bien établis, mais les interactions entre ces facteurs sont moins documentées », argumente Bénédicte Lebret qui dans ses conclusions souligne notamment que la production de porcs croisés Duroc alimentés avec un régime à base de fèverole et enrichi en graines de lin extrudées constitue une stratégie favorable pour améliorer les propriétés sensorielles et nutritionnelles des viandes de porc, tout en répondant aux enjeux de relocalisation des ressources protéiques pour réduire la dépendance aux pays tiers de l’alimentation animale.

Enfin, une présentation originale d’Alban Bouquet de l’Ifip montre que l’utilisation de biomarqueurs précoces est une approche intéressante pour améliorer l’efficacité de la sélection sur le caractère efficacité alimentaire. Elle permettrait d’avoir une mesure proxy pour sélectionner plus précisément les reproducteurs parmi un plus grand nombre de candidats. Les biomarqueurs de l’efficacité alimentaire ont été généralement mis en évidence dans des dispositifs expérimentaux de taille limitée. Une validation est alors nécessaire pour s’assurer qu’ils sont généralisables à d’autres races et d’autres contextes. « L’étude confirme qu’IGF1 est un biomarqueur précoce de la croissance et de l’efficacité alimentaire chez le porc. Toutefois, dans les lignées LW et Duroc, ce dosage permet de capter avant tout les différences de croissance précoce qui se répercutent sur la performance en engraissement. Le gain d’information apporté par IGF1 semble donc négligeable par rapport à une pesée en fin de post-sevrage. Dans la lignée Piétrain, le dosage d’IGF1 contribue à améliorer l’ajustement du modèle aux données et semble intéressant pour des applications en sélection. Cette étude infirme en revanche l’intérêt de la leptine comme biomarqueur précoce de l’efficacité alimentaire », concluent les auteurs.

Alimentation et santé

Dans une première présentation de la session alimentation, Piterson Floradin de l’institut de recherche suisse Agroscope, s’intéresse à la modulation du contenu minéral osseux chez les cochettes par un protocole de déplétion et de réplétion. Les résultats de son étude confirment la possibilité de limiter l’utilisation du phosphate pendant la période de finition sans induire d’effets néfastes sur les performances de croissance. En effet, ceci a permis de réduire l’excrétion de phosphore de 40 % chez les truies déplétées en phase de finition vs celles non déplétées. Les résultats ont également révélé que des niveaux plus élevés de minéralisation osseuse peuvent être atteints entre 95 à 140 kg de poids vif lorsque les cochettes sont alimentées avec des niveaux plus élevés (160 % besoins) de calcium et de phosphore, montrant que les besoins sont sous-estimés par l’extrapolation des modèles porc croissance faute de données. Cette étude met en évidence la nécessité d’actualiser les recommandations chez les cochettes et constitue une première étape dans une démarche à plus long terme visant à déterminer par une approche multicritères les besoins en phosphore et calcium chez les truies de remplacement et en production.

Cindy Le Bourgot de Tereos s’intéresse ensuite aux effets d’une supplémentation pendant la vie périnatale en fructo-oligosaccharides à courte chaîne (scFOS), prébiotiques connus pour moduler le microbiote, sur la qualité immune du colostrum et la mise en place du microbiote intestinal et ses conséquences sur la croissance des porcelets. « La nutrition périnatale joue un rôle décisif dans la primo-colonisation bactérienne et est un facteur important pour le développement des porcelets », affirme Cindy Le Bourgot dont les conclusions de l’étude sont claires : « L’ensemble de ces résultats confirme le rôle joué par la supplémentation en prébiotiques (scFOS) pendant la vie périnatale sur l’amélioration de la qualité immunitaire du colostrum et l’implantation du microbiote intestinal du porcelet. Ces modulations précoces semblent bénéfiques pour favoriser les performances de croissance des porcelets pendant les périodes critiques de développement. L’utilisation de prébiotiques en élevage porcin représente donc une stratégie nutritionnelle pratique pour améliorer la santé du porcelet et optimiser sa croissance. »

Puis dans sa présentation sur le rôle de la nutrition sur les boiteries de la truie, Mireille Huard de Novus explique que l’utilisation des oligo-éléments organiques semble être la solution nutritionnelle la plus cohérente pour réduire les boiteries. Comme le montre sa synthèse, la réduction des boiteries grâce aux chélates d’oligoéléments a été démontrée chez les porcs mais aussi chez d’autres espèces (volailles, vaches laitières) et a eu des effets bénéfiques sur la santé des pattes (onglons, sabots ou coussinets de pied chez les volailles), les difformités angulaires (valgus, varus), les biomarqueurs sériques, l’épaisseur des os, la cendre osseuse, la résistance à la rupture des os et la réduction des ostéochondroses, de la dystrophie tibiale, de la synovite, les scores de boiteries et les taux de réforme. « L’utilisation d’oligo-éléments plus biodisponibles est bénéfique pour la reproduction, la santé du squelette et des articulations des truies de production et peut apporter des avantages importants à la gestion et à l’économie de l’exploitation par une meilleure gestion des taux de réforme et de renouvellement. Cela contribue également à l’amélioration du bien-être des animaux et à l’environnement », conclut Mireille Huard.

Nathalie Quiniou de l’Ifip fait ensuite une présentation sur l’influence du rationnement et de la couverture des besoins en acides aminés sur les performances du porc en croissance selon les conditions climatiques. Les résultats de l’étude présentée confirment l’intérêt de couvrir les besoins en acides aminés des porcs pour réduire l’indice de consommation et ainsi diminuer la consommation des ressources. Ils amènent également à considérer des apports nutritionnels adaptés au besoin de chaque type sexuel. Considéré pendant longtemps comme une solution pour améliorer l’indice de consommation, le rationnement semble désormais influencer ce critère de façon limitée, la moindre rétention d’énergie étant peut-être obtenue en parallèle d’une dépense énergétique supplémentaire induite par une modification du comportement des animaux. Pourtant, sur la base des résultats de classement obtenus avec l’Image Meater, le rationnement tout comme la couverture des besoins en acides aminés semblent intéressants pour augmenter le taux de muscle de la carcasse, c’est-à-dire sa valeur marchande. Des observations plus fines réalisées sur la carcasse devraient permettre de mieux quantifier l’incidence sur la valeur commerciale susceptible de compenser le surcoût de production induit par un allongement de la durée d’engraissement ou des aliments plus riches en acides aminés et de mieux caractériser les effets de la chaleur également.

Extraits de plantes

Clémence Messant, ID4Feed : « En post-sevrage, la distribution pendant les sept premiers jours après le sevrage d’un aliment contenant 1 mg/kg de capsaicinoïdes augmente significativement la vitesse de croissance des porcelets. » (crédit : JRP)

L’utilisation des plantes et extraits de plantes a également fait l’objet de plusieurs communications et posters, notamment de la part de Clémence Messant d’ID4Feed qui a présenté une étude réalisée au Brésil sur les effets de la distribution d’une poudre de Capsicum à des truies en lactation et à leur descendance après le sevrage. Dans cette étude, la distribution d’un aliment apportant quotidiennement 7 mg de capsaicinoïdes aux truies en lactation ne modifie pas leur consommation d’aliment mais tend (de façon non significative) à augmenter le poids de portée au sevrage. En post-sevrage la distribution pendant les sept premiers jours après le sevrage d’un aliment contenant 1 mg/kg de capsaicinoïdes augmente significativement la vitesse de croissance des porcelets. Les propriétés anti-inflammatoires du piment pourraient être à l’origine de ces effets.

Un autre poster présenté par Anne-Cécile Delahaye de Biodevas Laboratoires a présenté les effets d’une supplémentation phytogénique sur les performances des truies et des porcelets en maternité. Les résultats de l’étude tendent à montrer un effet favorable de l’extrait naturel phytogénique testé sur les performances des truies et des porcelets en maternité, avec notamment une meilleure survie des porcelets les plus petits à la naissance. Les mécanismes d’action supposés de la supplémentation tels que la gestion du stress oxydant et de l’inflammation seraient à investiguer. La diminution de la durée de parturition, l’amélioration de la qualité colostrale, le moindre temps passé par la truie en posture d’inconfort sont autant de facteurs favorisant la survie des porcelets et participant à un meilleur sevrage.

Un autre poster présenté par Norfeed s’est intéressé à la supplémentation de l’aliment des truies en lactation avec un extrait de raisin sec et standardisé. Les porcelets issus des truies recevant un supplément en extrait sec de raisin standardisé (SDGE) présentent une croissance significativement plus importante que celle des porcelets témoins. L’absence de différence de consommation alimentaire des truies entre lots ainsi que l’amélioration significative de la qualité du colostrum tend à suggérer un effet sur l’utilisation des nutriments de l’aliment, conduisant à de meilleures performances chez les porcelets. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour caractériser la raison de cet avantage, notamment pour déterminer si la meilleure croissance des porcelets est due à l’effet antioxydant des polyphénols de raisin contenus dans le SDGE, ou s’il existe d’autres effets connexes.

Autonomie protéique

La luzerne a fait l’objet de deux posters intéressants, dont l’un a été présenté par Constance Drique et Catherine Calvar de la Chambre d’Agriculture de Bretagne sur l’impact de la distribution de luzerne déshydratée sur les performances de porcs élevés sur caillebotis intégral et alimentés en soupe. « Les performances de croissance des porcs nourris avec de la farine de luzerne ou des granulés de luzerne sont satisfaisantes, concluent les auteurs. Néanmoins, un taux de farine de luzerne dans l’aliment de 10 % semble trop important pour les porcs en croissance dans notre essai. Une connaissance plus fine des valeurs nutritionnelles pour les porcs et des facteurs anti-nutritionnels de ces matières premières reste nécessaire. La distribution de luzerne sous forme déshydratée est adaptée aux élevages de porcs conventionnels sur caillebotis, car elle peut être automatisée et n’entraîne pas de surcroit de travail, surtout lorsqu’elle est incorporée dans l’aliment. En revanche, elle engendre un surcoût alimentaire lorsqu’elle est distribuée sous forme de granulés ou incorporée à partir de 10 % d’incorporation dans la soupe. »

L’ensilage de luzerne et de trèfle violet et leur valeur nutritionnelle chez le porc en croissance ont par ailleurs fait l’objet d’un autre poster présenté par David Renaudeau d’Inrae. L’étude présentée a été réalisée dans le cadre du projet ProRefine cofinancé par l’Union européenne, avec la collaboration de centres de recherche danois, italien et norvégien. « Broyé finement, l’ensilage peut être distribué automatiquement sous forme de soupe à condition de disposer d’un équipement adapté. En revanche, peu d’informations sont disponibles sur la valeur nutritionnelle de l’ensilage de légumineuses », notent les auteurs qui concluent que l’ensilage de légumineuses peut être une source d’énergie intéressante chez le porc sous réserve d’avoir la possibilité d’automatiser leur distribution en élevage. La valeur protéique varie de manière significative selon la nature de l’ensilage. La faible teneur en acides aminés digestibles dans l’ensilage de luzerne semble être liée à une perte importante d’azote protéique lors de la fabrication de l’ensilage.

Enfin, concernant le soja, un poster intéressant a été présenté par Delphine Perros d’Inrae sur l’effet d’un aliment porcelet 1er âge sans soja sur la santé intestinale après le sevrage. « Dans un contexte de réduction de l’utilisation d’antibiotiques, une plus grande attention est accordée à la formulation des aliments (matières premières et nutriments) pour améliorer la santé intestinale des porcelets. En particulier, les sources alternatives aux protéines de soja présentent l’intérêt d’être moins immunogènes, plus digestibles et donc potentiellement plus adaptées à la santé et à la fonction gastro-intestinale du jeune porcelet », affirment en préambule les auteurs dont l’objectif de l’étude était de comparer un aliment formulé avec ces sources de protéines alternatives au soja (pomme de terre, glutens de maïs et de blé) et des céréales cuites (blé et riz) plus digestibles avec un aliment iso-nutritionnel riche en produits du soja sur la santé intestinale des porcelets. L’étude montre qu’un aliment relativement riche en produits du soja peut induire des lésions intestinales et représenter un risque pour la santé intestinale et la croissance du jeune porcelet. Un aliment sans soja, contenant des matières premières plus digestes, peut permettre une croissance des porcelets équivalente ou supérieure, avec une meilleure intégrité intestinale et une réduction des fèces diarrhéiques en période de post-sevrage. Ces travaux sont prometteurs dans un contexte de démédication. Ils montrent notamment qu’augmenter l’utilisation de protéines alternatives au soja contribue à améliorer la santé digestive des porcelets.

Philippe Caldier

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