Journées 3R 2020 : rencontres virtuelles réussies

Avec 900 internautes inscrits, provenant de onze pays, les dernières Rencontres recherches ruminants (3R) ont eu lieu en mode webinaire les 2 et 3 décembre derniers. Retour sur les principaux thèmes abordés en matière d’alimentation.

Organisées par l’Idèle et l’Inrae avec l’aide de 27 partenaires économiques dont La Revue de l’alimentation animale, les journées 3R ont consisté en treize sessions live pendant deux jours, sans oublier de nombreux posters et 23 expériences et innovations de terrain présentées en direct également. Une quinzaine de présentations ont eu lieu sur le thème de l’alimentation, plus efficience et résilience alimentaires.

Graines protéagineuses

La première présentation réalisée par l’Inrae, Valorex et AgroParistech, porte sur le thème Les graines protéagineuses comme alternatives au tourteau de soja pour les vaches laitières : évaluation comparative par méta-analyses des paramètres digestifs in situ et in vivo et des performances laitières. Les travaux présentés, qui font l’objet d’une publication à paraître dans Animal Feed Science and Technology, se sont intéressés à plusieurs graines protéagineuses françaises (fèverole, lupin, pois) avec plusieurs comparaisons directes au sein d’un essai : tourteau de soja vs graines crues, tourteau de soja vs graines traitées, graines crues vs graines traitées. Les conclusions de l’étude montrent une grande variabilité de résultats : « Moins riches en protéines, les graines crues sont plus dégradables que le tourteau de soja. Les graines traitées sont similairement dégradables, et certaines combinaisons sont efficaces pour réduire la DT6N (fèverole extrudée et lupin/pois autoclavés). Confirmation de l’effet des traitements technologiques pour diminuer la DT6N. L’autoclave semble le traitement le plus efficace, l’extrusion et le toastage semblant également être des traitements intéressants. Les principaux résultats in vivo sont une plus faible sécrétion de l’azote dans le lait avec les graines protéagineuses (-4,6 g/j pour les graines crues, -2,5 g/j pour les graines traitées) sauf pour les combinaisons lupin tanné et pois extrudé. »

Il est possible d’incorporer la crème de pois dans les rations mélangées pour jeunes bovins, jusqu’à 25 % de la MS de la ration, sans pénaliser significativement les performances zootechniques.

« Il y a une meilleure valorisation de l’azote des graines protéagineuses traitées (peu de différences avec le tourteau de soja in vivo) et les graines protéagineuses peuvent remplacer le tourteau de soja à condition de choisir le traitement technologique et les paramètres de traitements adaptés », concluent les auteurs de l’étude.

Les graines protéagineuses françaises ont également fait l’objet d’un poster intitulé Effet de l’extrusion sur la dégradation de l’azote de mélanges à base de fèverole ou lupin. L’objectif de l’étude réalisée par l’Inrae, Valorex et AgroParistech était de tester différentes modalités d’extrusion qui permettraient de diminuer la dégradabilité de l’azote des mélanges à base de fèverole ou lupin et d’atteindre des valeurs proches de celles du tourteau de soja. « Les conditions d’extrusion mises en œuvre dans cette étude n’ont pas conduit à des niveaux de protection différents des protéines des protéagineux dans le rumen et les valeurs de DT6N (dégradabilité théorique de l’azote avec un turn-over des particules de 6 %/h) des mélanges fèverole et lupin extrudés sont équivalentes à celles du tourteau de soja », concluent les auteurs.

D’autres posters se sont intéressés aux protéagineux. L’un d’entre eux, réalisé par Roquette Frères et Arvalis, porte sur l’effet de la substitution des concentrés par de la crème de pois dans les rations de bovins à l’engraissement. Ces derniers nécessitent des rations riches en énergie, basées le plus souvent sur du maïs fourrage complémenté par des aliments énergétiques (céréales à paille, maïs grain) et protéique (tourteaux oléagineux, protéagineux). Outre la volatilité des prix de ces aliments, certains d’entre eux entrent en compétition avec l’alimentation humaine. L’utilisation de coproduits peut constituer une alternative pour limiter le coût alimentaire des rations et la compétition feed/food. Dans le cadre du développement de la filière pois jaune, l’usine de Roquette basée à Vic-sur-Aisne (Picardie) traite le pois par voie humide afin d’en extraire l’amidon et la protéine. Ce traitement génère deux coproduits humides pour l’alimentation animale (pulpe et soluble de pois) dont le mélange constitue la crème de pois. À la demande de l’entreprise Roquette, un essai zootechnique visant à étudier la valorisation de ce coproduit a été réalisé sur la station expérimentale Arvalis de Saint Hilaire en Woëvre. « Cette expérimentation montre qu’il est possible d’incorporer la crème de pois dans les rations mélangées pour jeunes bovins, jusqu’à 25 % de la MS de la ration, sans pénaliser significativement les performances zootechniques, concluent les auteurs. En complément d’ensilage de maïs, la proportion de 15 % de la MS ingérée semble toutefois être plus adaptée. Dans cet essai, la variation de composition (en MAT notamment) du coproduit entre les livraisons, non prise en compte pour l’ajustement des rations au cours de l’engraissement, a pu entraîner une couverture partielle des besoins protéiques à certaines périodes, et ce d’autant plus que la part de la crème de pois était élevée dans la ration. Chaque livraison de crème de pois est accompagnée d’une analyse précisant les teneurs en MS et en MAT. L’ajustement de la complémentation ou la prise en compte d’une marge de sécurité sur la valeur de l’aliment pourrait permettre de s’affranchir de ce risque. »

Toujours en matière de protéagineux, un poster a été présenté par D. Chapuis et A. Demarbaix de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire sur l’utilisation de graines de fèveroles ou soja toastées pour des vaches laitières. Les résultats présentés, issus de deux essais réalisés respectivement au lycée agricole de Fontaines (71) et au lycée agricole de La Barotte (21), montrent que l’utilisation de graines toastées de protéagineux est techniquement et économiquement envisageable dans une démarche non OGM et/ou d’autonomie. « Le toastage permet l’élimination des facteurs anti-nutritionnels des graines de protéagineux et permet une meilleure conservation en ferme, concluent-ils. La distribution de graines toastées est réalisable en ration complète ou à l’aide d’un distributeur automatique de concentrés. Au-delà de la disponibilité des moyens de toastage et du temps nécessaire (environ 1,8 t/h), les limites d’utilisation semblent être dans la production ou l’approvisionnement des graines. Il est alors intéressant d’étudier localement les échanges possibles entre céréaliers et éleveurs. »

Mieux comprendre l’efficience alimentaire

L’efficience alimentaire a fait l’objet de plusieurs communications. Dans une première intervention de l’Inrae intitulée Efficience Alimentaire : comment mieux la comprendre et en faire un élément de durabilité de l’élevage, les auteurs rappellent ce qu’est l’efficience alimentaire et son importance. C’est « la capacité d’un animal à transformer les ressources alimentaires disponibles en produits » et son importance dans le contexte actuel est liée à plusieurs aspects : la part importante de l’aliment dans les coûts de production en élevage (environ 70 %), la concurrence alimentation humaine vs animale, utilisation de ressources limitées (terres arables, énergies fossiles, etc.), génération de rejets (gaz à effet de serre, eutrophisation, etc.). « L’efficience est une notion complexe englobant de nombreux processus biologiques, affirment les auteurs de l’étude. Les sources de variabilité de l’efficience sont multiples, il n’y a pas une, mais des efficiences, et il existe des différences importantes selon l’individu, mais aussi la race, l’âge, les stades physiologiques, etc. » Par ailleurs, l’efficience est une notion variable dans le temps, ce qui rend sa mesure compliquée. Par exemple en vache laitière, veut-on une vache efficiente sur sa première lactation ou va-t-on plutôt chercher un animal efficient à l’échelle de sa carrière ? « Il existe pour l’heure de nombreux défis pour la mesure et la sélection de l’efficience », concluent les auteurs de l’étude. L’héritabilité de ce critère est variable selon le type d’animaux mais se situe autour de 0,1-0,2. D’où l’idée de s’affranchir de sa mesure en créant une population de référence et en utilisant la sélection génomique. Enfin, les auteurs de l’étude soulignent la notion de résilience : la capacité d’un animal à gérer une perturbation liée à son environnement (santé, climat, conduite d’élevage, etc.) et le risque que l’amélioration de l’efficience à court terme détériore la résilience.

Il existe pour l’heure de nombreux défis pour la mesure et la sélection de l’efficience alimentaire.

L’efficience énergétique et protéique était également au cœur de la présentation de Benoît Rouillé de l’Idèle sur le thème Des systèmes laitiers caprins, ovins et bovins producteurs nets de protéines et consommateurs d’énergie. Son étude fait partie du projet Eradal qui porte sur l’utilisation efficiente des ressources alimentaires en production laitière pour produire des denrées alimentaires pour l’homme. « L’élevage de ruminants valorise des ressources non consommables par l’homme, affirme en préambule Benoît Rouillé. Les productions animales seront socialement acceptables demain si elles sont : peu en compétition avec l’alimentation humaine, pour produire de la protéine de qualité, vertueuses sur le plan environnemental, rémunératrices pour les éleveurs, et légitimes dans l’occupation et l’entretien des territoires. » Si l’efficience de conversion est le rapport entre la consommation (moyens) et les produits (résultats), Benoît Rouillé distingue l’efficience brute (produits de l’élevage « consommables par l’homme »/consommations par l’élevage) de l’efficience nette (produits de l’élevage « consommables par l’homme »/consommations par l’élevage de végétaux « consommables par l’homme »). L’efficience nette est donc un indicateur de compétition réelle entre animaux et humains. À titre d’exemple, 89 % des protéines consommées par les vaches laitières sont non consommables par l’homme. « Les ruminants laitiers sont des producteurs nets de protéines », conclut l’auteur, chiffres à l’appui.

Déficit énergétique

Un poster intéressant présenté par plusieurs auteurs de l’Inrae et de l’Institut de l’élevage a porté sur la mesure de métabolites du lait comme biomarqueurs d’un déficit énergétique chez la vache laitière. « Chez la vache laitière, un déficit énergétique peut conduire à des troubles physiologiques et à une perte de production laitière, c’est pourquoi il est important de pouvoir détecter ces périodes, affirment les auteurs. Leur identification reste compliquée car l’utilisation des indicateurs sanguins du déficit énergétique en élevage n’est pas aisée. Le lait, lui, facilement collecté, contient des métabolites qui pourraient être indicateurs du déficit énergétique. »

L’étude présentée aux journées 3R fait partie du projet Casdar BioMarq’Lait qui a pour objectif l’identification dans le lait de biomarqueurs pour le monitoring du statut nutritionnel de la vache laitière. Dans l’étude présentée, la restriction alimentaire par dilution de la ration a été trop modérée pour induire un déficit énergétique. « Le déficit énergétique de début de lactation semble se caractériser par des teneurs élevées en glu6P et en glutamate dans le lait. Les métabolites du lait pourraient donc servir de biomarqueurs du déficit énergétique chez la vache laitière », concluent les auteurs.

P. Caldier

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