La règlementation européenne demande de surveiller la contamination en salmonelle dans les usines. Crédit : Perstorp

Interdiction du formaldéhyde : quelles alternatives ?

L’hygiénisation et la bonne conservation des matières premières et des produits finis est un sujet important et délicat au sein des usines de nutrition animale. Pendant de nombreuses années, l’une des solutions était d’utiliser du formaldéhyde, additif technologique peu coûteux connu pour ses qualités antimicrobiennes et en tant que conservateur (notamment pour les ensilages et le tannage des protéines dans l’alimentation des ruminants). Mais depuis la fin de l’année 2017 son retrait d’autorisation en alimentation animale a changé la donne.

La règlementation européenne demande de surveiller la contamination en salmonelle dans les usines. Crédit : Perstorp

La règlementation européenne demande de surveiller la contamination en salmonelle dans les usines. Crédit : Perstorp

L’annonce par l’Union européenne concernant « le retrait d’autorisation du formaldéhyde en tant qu’additif pour l’alimentation animale appartenant aux groupes fonctionnels des conservateurs et des améliorateurs des conditions d’hygiène » a quelque peu obligé les entreprises à revoir leur façon de faire en matière d’hygiénisation des process dans leurs usines « On s’y attendait, précise Christophe Michaut, responsable technique spécialisé en hygiénisation chez Perstorp. Le formaldéhyde était une solution simple, peu coûteuse et efficace, mais les risques pour la santé des animaux et pour celle des personnes le manipulant lors des process devenaient, de toute façon, problématiques. Malgré son classement en tant que produit cancérigène, la profession a mis de nombreuses années à réaliser que des solutions alternatives existent. »

Le formaldéhyde est un gaz incolore, à l’odeur piquante, très soluble dans l’eau et qui se polymérise lentement. Les solutions aqueuses dont les concentrations en formaldéhyde varient entre 30 et 50 % portent la dénomination de formol, formaline ou encore méthanal. Il était autorisé en tant qu’additif en alimentation animale (par l’arrêté du 13 février 1992 modifié transposant la directive 70/524/CEE modifiée). Il se trouvait dans le groupe fonctionnel 1a, des agents conservateurs, sous le numéro E 240. Il était ainsi notamment autorisé comme conservateur du lait écrémé destiné au porc jusqu’à 6 mois, à une teneur maximale de 600 mg par kilogramme d’aliment à 12 % d’humidité. Il était également autorisé comme agent conservateur pour l’ensilage destiné à toutes les espèces animales ou catégories d’animaux.

Conformément au règlement (CE) N°1831/2003, des demandes d’autorisation avaient été lancées. L’une concernait son inscription dans la catégorie des additifs technologiques et dans le groupe fonctionnel des conservateurs, et cela pour toutes les espèces animales. La seconde était spécifiée pour le faire apparaître en tant qu’additif destiné à l’alimentation des porcs et des volailles, et pour sa classification toujours dans la catégorie des additifs technologiques mais dans le groupe fonctionnel des améliorateurs des conditions d’hygiène. « Ce dernier groupe fonctionnel est récent », indique Christophe Michaut. Mais fin 2017, l’Union européenne rend sa décision et retire l’autorisation du formaldéhyde de la liste positive de l’alimentation animale (voir le dernier Règlement d’exécution (UE) 2018/183 de la Commission du 7 février 2018).

Des alternatives au formaldéhyde

Dans sa dernière décision, la Commission européenne indique qu’« en ce qui concerne les éventuels produits de substitution au formaldéhyde en tant qu’additif appartenant au groupe fonctionnel des conservateurs, une série d’additifs sont actuellement autorisés dans l’Union sous le même groupe fonctionnel. (…) En ce qui concerne les éventuels produits de substitution au formaldéhyde en tant qu’additif appartenant au groupe fonctionnel des améliorateurs des conditions d’hygiène, des recherches sont en cours pour mettre au point des additifs qui s’avèreraient à la fois sûrs et efficaces pour réduire la contamination microbiologique dans les aliments pour animaux. Un additif a déjà été autorisé dans ce groupe fonctionnel et est donc considéré comme un produit de substitution, ayant toutefois un mécanisme d’action différent, pour réduire le nombre de pathogènes bactériens, y compris Salmonella spp., dans les aliments pour animaux. Cet additif ne suscite pas les préoccupations que soulève l’utilisation du formaldéhyde pour la sécurité des usagers. »

Cette solution est l’acide formique. Selon la liste des additifs autorisés par l’UE, il est admis comme conservateurs (1a, E236), comme additifs pour l’ensilage (1k236) et donc, depuis avril 2017, le seul en tant qu’améliorateur des conditions d’hygiène (1n, 1k236), pour toutes les espèces. « De par notre position sur le marché, nous nous intéressons depuis plusieurs années aux effets de l’acide formique. Il est connu pour ses propriétés antibactériennes sur les aliments et les matières premières mais aussi pour la gestion de la flore digestive pathogène. On l’utilise en général à 3-5 kg/t, parfois plus, contre 500 g/t pour le formaldéhyde. Son dosage maximal autorisé comme améliorateur des conditions d’hygiène de l’aliment est de 10 kg/t d’acide formique pur. » Il peut également être utilisé en synergie avec l’acide propionique et des huiles essentielles. « Des résultats d’études montrent une efficacité de l’ensemble plus élevée que celle de ces constituants pris isolément ou bien que celles d’autres associations d’acides organiques étudiées. »

Plan de contrôle

« Connaître les solutions, c’est bien. Mais il est impératif de mettre en place un plan de contrôle au sein des usines pour mesurer la baisse de la charge bactérienne avant/après les opérations de décontamination des aliments, assure Christophe Michaut. L’humidité (condensation par exemple) peut se retrouver à plusieurs étapes et les risques de contamination et de développements bactériens qui l’accompagnent aussi. La règlementation européenne demande de surveiller la contamination en salmonelle, dans une usine (0 g dans 25 g d’aliment), élément un peu vague. La France était très novatrice il y a 25 ans en mettant en place les plans d’hygiène contrôlant l’ensemble des entérobactéries, c’est un raisonnement global d’hygiène pour maîtriser l’ensemble des risques. On a une vision et une action plus larges ainsi. C’est moins, ou même pas du tout, le cas dans d’autres pays européens où seule la salmonelle est contrôlée, c’est une analyse plus réductrice du coup, ce n’est pas la même logique ! »

Pour lui, l’hygiène est un état d’esprit, du bon sens. « On utilise un acidifiant, une fois l’ensemble des étapes étudiées et maîtrisées, pour savoir lequel ou lesquels choisir, la quantité, le bon point d’incorporation, etc. On entre réellement dans l’intimité des usines ! »

« Nous savons que certaines matières premières sont plus à risques telle que l’orge sur laquelle des contaminants se retrouvent plus facilement au sein de son enveloppe ou bien les tourteaux (recontamination). Des étapes du process également présentent des risques de contamination ou recontamination (convoyeurs, sécheurs-refroidisseurs, etc.). Des produits finis peuvent également être plus à risques tels les aliments riches en fibres, bio, etc. »

Une fois l’étude de l’ensemble du process effectuée, on peut définir quel type d’acidifiant et sous quelle forme : « L’acide formique est un antibactérien actif à la fois en phase sèche et en phase humide, l’acide propionique est un antifongique, l’acide acétique est un bon anti-levure, etc. On travaille soit avec des formes liquides telles quelles ou bien des liquides adsorbés sur support silice. » Les acidifiants sont une partie de la prise en charge de la décontamination au sein des sites. D’autres paramètres permettent de diminuer les contaminations : la température qui modifie la perméabilité des membranes des bactéries, la pression et la friction lors de la granulation par exemple. « Une démarche globale est la clé d’une bonne décontamination ! »

 C. Morice

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