L’installation de l’unité de démonstration d’Ÿnsect sur le Pôle Innovia a été motivée par la présence à proximité d’un savoir-faire autour des insectes bien ancré ainsi qu’un savoir-faire dans le domaine de la robotique (micromécanique, horlogerie, etc.) qui sont indispensables à sa bonne mise en place.

Ferme du futur : Ÿnsect lance son unité de démonstration Ÿnsite

Le pilote de production mis en service par Ÿnsect en septembre 2016 sur le Pôle Innovia est une première mondiale qui devrait aboutir à la construction d’une première usine en France dès 2018.

L’installation de l’unité de démonstration d’Ÿnsect sur le Pôle Innovia a été motivée par la présence à proximité d’un savoir-faire autour des insectes bien ancré ainsi qu’un savoir-faire dans le domaine de la robotique (micromécanique, horlogerie, etc.) qui sont indispensables à sa bonne mise en place.

L’installation de l’unité de démonstration d’Ÿnsect sur le Pôle Innovia a été motivée par la présence à proximité d’un savoir-faire autour des insectes bien ancré ainsi qu’un savoir-faire dans le domaine de la robotique (micromécanique, horlogerie, etc.) qui sont indispensables à sa bonne mise en place. Crédit : Ynsect

« Ÿnsect a été créée en 2011 sur un principe visionnaire : positionner les protéines d’insectes au cœur du système agroalimentaire afin de répondre durablement à la demande croissante de la planète en viande et en poisson ». Antoine Hubert, président et cofondateur d’Ÿnsect, estime que les insectes « s’avèrent une solution légitime, durable et naturelle » pour répondre au challenge de la pénurie prévue de ressources protéiques pour répondre à la demande des neuf milliards d’habitants que comptera la planète à l’horizon 2050.

Concrètement, Ÿnsect a pour ambition de redonner aux insectes la place qui devrait être la leur dans le système alimentaire. Ils sont à la base de la pyramide alimentaire et font partie intégrante du régime alimentaire de la majorité des animaux sauvages. Pour les poissons, des études montrent que la part d’insectes consommée par les truites sauvages est d’environ 40 %. Chez les volailles sauvages, comme les faisans ou les perdrix, la proportion d’insectes dans le régime alimentaire peut monter jusqu’à 50 % durant leur phase de croissance, et représente 10 % à 20 % chez les adultes.

Cette part est non négligeable chez d’autres vertébrés. Elle est ainsi de 5 % chez le sanglier (de la famille des porcins), et va jusqu’à 3 % chez les canins et les félins. Chez les chats en particulier, la consommation d’insectes, même en faible quantité (0,2 à 3 % chez les chats sauvages), est indispensable car elle leur fournit un apport en taurine, acide aminé essentiel permettant l’absorption des lipides par l’organisme, et en chitine qui favorise la digestion (même rôle que les fibres).

Après avoir étudié les méthodes d’élevage et les technologies d’extraction de protéines, lipides et chitine de nombreuses espèces d’insectes (scarabées, mouches, papillons, criquets, etc.), Ÿnsect s’est focalisé sur le coléoptère Tenebrio molitor qui possède de très nombreux atouts physiologiques, techniques et biochimiques pour l’élevage et sa transformation. En effet, l’espèce est grégaire (les larves vivent naturellement à de hautes densités de population), nocturne (pas besoin de dépenser d’énergie pour éclairer l’élevage), et contient de hautes teneurs en protéines (près de 55 % en matière sèche). Enfin, le Tenebrio molitor peut être élevé en substrat sec, ce qui présente des avantages sur le plan du nettoyage.

3 000 m² de technologies

C’est Sandrine Huet, responsable clientèle Ÿnsite, qui nous reçoit pour nous faire visiter le démonstrateur dénommé Ÿnsite. La majeure partie des 3 000 m² est dédiée à l’élevage et à la transformation des insectes en protéines et en huiles.

Le visiteur découvre tout d’abord l’ensemble de cette « ferme du futur » grâce à une maquette qui trône dans le hall d’entrée et qui permet de visualiser les différentes phases d’élevage et de transformation des insectes (voir schéma de l’élevage à la transformation des larves).

La phase d’élevage démarre par une phase de reproduction. Puis la phase de grossissement des larves a lieu dans des bacs en plastique empilés de façon verticale sur des palettes stockées sur plusieurs niveaux, jusqu’à ce que les larves atteignent un stade optimum pour être transformées à environ 15 semaines d’âge. Les larves sont nourries deux à trois fois par semaine au son de blé, les palettes étant amenées de façon automatique sous un nourrisseur. A ce nourrissage automatique des larves s’ajoutent diverses opérations de tri pendant toute la durée du grossissement (tri des œufs, des insectes morts, des frass (déjections) ou des larves à maturité pour être transformées, etc.) et le visiteur peut observer ces opérations grâce à un couloir vitré situé au centre de l’unité pilote.

« Toutes les opérations d’élevage et de tri sont automatisées, de manière à réduire la pénibilité du travail des opérateurs, et à assurer un niveau d’hygiène maximal », commente Sandrine Huet. Un contrôle qualité permanent est effectué via des capteurs intégrés, ce qui permet de détecter tous signaux faibles et de garantir la qualité constante des produits.

Les larves sont élevées dans des piles de bacs stockées sur palettes, dans une ambiance contrôlée en température (25 à 27 °C) et humidité.

Les larves sont élevées dans des piles de bacs stockées sur palettes, dans une ambiance contrôlée en température (25 à 27 °C) et humidité. Crédit : Ynsect

Une demande mondiale

Une fois arrivées à maturité, les larves sont acheminées automatiquement vers l’atelier de transformation qui consiste en plusieurs opérations successives : étuvage à la vapeur, séparation des produits par pressage et centrifugation, puis séchage et ensachage des produits finis.

Pour l’heure, deux types d’ingrédients premium sont produits par Ÿsite. ŸnMeal est un ingrédient naturellement riche en protéines (plus de 70 %) mais également en fibres et en matières grasses. Il se présente sous la forme d’une poudre fine brunâtre. Il est le plus souvent utilisé à hauteur de 5 à 30 % dans les formulations d’aliments pour animaux domestiques ou poissons d’élevage. ŸnOil est une huile légère riche en acides gras polyinsaturés. Elle est également destinée à l’alimentation des animaux domestiques et des poissons d’élevage.

Ÿnsect a livré ses premiers clients du petfood en 2016, puis ses premiers clients dans le domaine de l’aquaculture depuis juillet 2017, date à partir de laquelle la Commission européenne a autorisé l’usage des protéines d’insectes en alimentation des poissons d’élevage. « Si nos premiers clients sont français, nous avons des demandes croissantes de la part de nombreux pays ou régions du monde, comme la Scandinavie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Amérique du Nord et du Sud et l’Asie, affirme Sandrine Huet. Le démonstrateur Ÿnsite a prouvé la pertinence de notre technologie et de nos savoir-faire. Nous préparons donc la construction de notre première usine commerciale en France dès 2018 ».

Les frass, ou déjections des larves, sont en passe d’être valorisées en engrais organiques, ce processus étant en phase d’homologation. Enfin, avec ses produits tels que la chitine et ses dérivés (chitosan, etc.), Ÿnsect pénètrera le marché des biomatériaux, des compléments nutritifs (nutrition animale et végétale) ou du traitement de l’eau.

Philippe Caldier

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