Fefac : soixante ans et tournée vers l’avenir

La Fédération européenne des fabricants d’aliments composés a fêté ses soixante ans le 6 juin dernier, au sein du Musée royal d’Art et d’Histoire de Bruxelles. Un anniversaire célébré autour du thème « Champions de l’utilisation efficace des ressources dans la chaîne alimentaire », en présence, notamment, de Phil Hogan, commissaire européen chargé de l’agriculture et du développement rural.

« La politique agricole commune, l’une des réalisations les plus sous-estimées de l’Union européenne, explique la fondation de la Fefac il y a soixante ans. Elle a été un élément déclencheur pour que notre industrie se mobilise afin de contribuer à façonner le marché commun des produits agricoles », a rappelé Nick Major, président de la Fédération européenne des fabricants d’aliments composés, lors de son discours d’ouverture de la64e assemblée générale publique de l’association. Un événement marquant aussi le 60e anniversaire de la fédération, « soixante ans de représentation de l’industrie de l’alimentation animale au niveau institutionnel », organisé au Musée royal d’Art et d’Histoire de Bruxelles. « Il n’est peut-être pas un lieu plus adapté à Bruxelles pour rappeler l’histoire de notre association », s’est réjoui Nick Major.

Nick Major est revenu sur sa participation à la conférence européenne sur les protéines, organisée à Vienne en novembre dernier : « J’ai vraiment apprécié l’occasion de présenter le point de vue de l’industrie des aliments pour animaux en tant que plus gros consommateur de protéines végétales. C’était vraiment un moment fort de mon mandat de président de la Fefac. »

Depuis 1959, le nombre de membres de la Fédération est passé de cinq (les membres fondateurs) à trente. « La force combinée de ces associations nationales s’est révélée être un modèle de réussite éprouvé, fiable, qui sert aujourd’hui les intérêts de quelque 3 500 usines de fabrication d’aliments composés en Europe. Ce modèle a été un facteur essentiel du succès de la Fefac et est définitivement adapté à l’avenir », assure Nick Major. Phil Hogan, commissaire européen à l’agriculture et au développement rural, invité pour l’occasion, a tenu à remercier la fédération, « l’un des plus anciens acteurs du secteur agroalimentaire de l’Union européenne » pour « sa contribution remarquable », particulièrement lors des nombreuses réformes de la Pac, soulignant son« approche proactive » et l’exhortant à « poursuivre cet engagement dans les mois et les années à venir. »

Vision 2030

Depuis la création de la Fefac, l’Union européenne (UE) est devenue le premier exportateur mondial de produits alimentaires.« Du lait au fromage en passant par la viande et le poisson, les produits issus de l’élevage européen ont acquis une renommée mondiale. Les solutions d’alimentation innovantes que nous proposons à nos clients éleveurs sont l’un des principaux moteurs de ces réussites, assure Nick Major. La Pac mais aussi le cadre réglementaire de l’UE pour les aliments pour animaux, ont permis aux fabricants d’aliments européens de tirer pleinement parti de leurs connaissances et d’être reconnus comme des leaders mondiaux, notamment en ce qui concerne les taux de conversion et l’inclusion de coproduits et sous-produits dans les formulations. » Phil Hogan appuie : « Au cours des soixante années d’existence de la Fefac, le taux de conversion des aliments pour poulet de chair a été divisé par deux, grâce à l’innovation en génétique animale mais également grâce aux nouveaux aliments composés extrêmement efficaces. »

En soixante ans, l’UE est aussi devenue synonyme de normes rigoureuses en matière de qualité, de sécurité, de bien-être des animaux et d’environnement. Offrant une diversité de produits alimentaires répondant aux exigences des consommateurs sur les marchés européens et mondiaux. « Nous nous devons d’expliquer et de prouver au quotidien que notre industrie peut répondre aux demandes de la société, en constante évolution », explique Nick Major, illustrant comment la Fefac agit pour « transformer ces défis en opportunités ». Notamment à travers la vision Fefac 2030, dont les bases ont été posées en 2016. « Une vision ambitieuse plaidant pour que le secteur des aliments pour animaux soit un partenaire fiable pour un élevage compétitif et durable, axé sur des connaissances, des services et des produits innovants permettant aux éleveurs de rester résilients », et s’appuyant sur trois piliers : la durabilité, la nutrition des animaux et la sécurité des aliments pour animaux. « Nous soutenons notre communauté d’éleveurs en fournissant des aliments sûrs, durables et nutritifs pour la production d’une grande diversité de produits animaux de haute qualitéPour cela, nous devons aussi nous engager publiquement, en coopération avec tous les partenaires, à faire en sorte que les choix des consommateurs reposent sur des informations objectives. »

Phil Hogan : « La Commission européenne a inclus les systèmes d’alimentation animale dans son plan d’action actualisé de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. »
 

Notamment sur le sujet, en plein dans l’actualité, de l’approvisionnement responsable.«Notre alimentation doit être produite de manière durable en réduisant au minimum les impacts négatifs sur la biodiversité. L’industrie fait régulièrement l’objet d’accusations selon lesquelles les importations de soja destiné à l’alimentation du bétail européen nuisent à l’environnement, notePhil Hogan. Je sais que vous travaillez dur sur ce dossier depuis plusieurs années et il serait utile que le public soit davantage sensibilisé », estime ce dernier. « Nos onze principales entreprises de production d’aliments pour animaux se sont engagées publiquement à transformer, d’ici 2025, leurs achats de soja pour répondre aux 54 critères détaillés et exigeants (en matière d’environnement, de bonnes pratiques agricoles, sociales et communautaires) énoncés dans les directives de la Fefac sur l’approvisionnement responsable », indique Nick Major. Ce dernier se dit « fier » que ces directives destinées à promouvoir des approvisionnements en matières premières durables (produites localement ou importées) à destination de l’alimentation animale, publiées pour la première fois en 2015, « couvrent maintenant les programmes de soja responsable disponibles dans le commerce, référencés par le Centre du commerce international à Genève. Suite à cette expérience encourageante dans la mise en œuvre de notre vision proactive 2030, la Fefac est prête à élaborer une charte commune de l’industrie des aliments pour animaux respectueuse de l’environnement. Un document que nous prévoyons de présenter lors de notre prochain congrès, qui aura lieu à Anvers en juin 2020*. »

Valoriser les coproduits

La Fefac œuvre également au sein du plan d’action de l’UE sur la déforestation. « Le maintien d’écosystèmes fonctionnels et l’utilisation durable des ressources naturelles ne sont pas seulement au cœur des revendications de nos citoyens, mais également dans l’intérêt même du secteur agricole lui-même, souligne Phil Hogan. Nous proposons donc d’apporter plus pour le climat et l’environnement grâce à une nouvelle architecture verte de la Pac ». Dans ce cadre, la Commission européenne et les 28 États membres ont officiellement reconnu, l’an dernier, les règles de la Fefac relatives aux aliments pour animaux, sur la base de la méthodologie relative à la performance environnementale des produits (PEF). Cela inclut le calcul du potentiel d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre en élevage grâce à l’amélioration de l’approvisionnement en aliments.

« Les émissions provenant de l’agriculture représentent environ 10 % du total des émissions de CO2 de l’UE, indique Phil Hogan. Si nous voulons atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle, comme promis dans l’Accord de Paris, nous devons utiliser tous les moyens à notre disposition. Il est vrai que des progrès ont déjà été réalisés dans la réduction de l’impact du secteur agroalimentaire sur le climat, mais nous devons faire plus et nous devons le faire maintenant. Les objectifs de développement durable et l’accord de Paris sur le climat confirment que l’agriculture est au cœur de la lutte mondiale contre le changement climatique et la réduction de la biodiversité. » Pour la Fefac, cela passe par « l’amélioration de l’efficacité des aliments grâce à une meilleure formulation, mais aussi en utilisant encore plus de coproduits des secteurs de l’alimentation et des énergies renouvelables ».

La stratégie de prévention du gaspillage alimentaire, dans le cadre du paquet sur l’économie circulaire, est ainsi un autre exemple clé de positionnement de la nutrition animale comme solution aux problèmes de société. « Le commissaire à la santé et la sécurité alimentaire Vytenis Andriukaitis, qui a lancé en 2016 la plateforme européenne contre les pertes et le gaspillage alimentaires, estime que la nutrition animale peut fournir de nouveaux modèles commerciaux pour prévenir ce gaspillage alimentaire. Je suis fier de dire que la Fefac représente les champions de l’utilisation rationnelle des ressources de la chaîne alimentaire de l’UE, convertissant environ 80 millions de tonnes de coproduits des secteurs de l’alimentation humaine et des biocarburants en une alimentation animale de grande valeur. Il convient de noter que, sans l’industrie de l’alimentation animale, la montagne de déchets alimentaires doublerait presque. »

La Fefac a d’ailleurs, à l’occasion de son anniversaire, décidé de publier une brochure sur les coproduits et le rôle des fabricants d’aliments. Un livret intitulé Les coproduits, un élément essentiel de la nutrition animale, qui vise à « sensibiliser davantage » les parties prenantes et les décideurs de l’UE à l’utilisation des coproduits par l’industrie des aliments pour animaux. « Les animaux d’élevage, en particulier les ruminants bovins et ovins, ont la capacité unique de valoriser les coproduits qui ne peuvent pas être consommés par des personnes, sous forme de nourriture ou de boisson, ni utilisés pour produire des biocarburants ou d’autres produits industriels. En conséquence, le secteur de l’élevage apporte une contribution vitale à l’économie circulaire. Cet avantage est généralement négligé et ces éléments de la production agricole sont souvent inconnus », souligne la fédération.

Cette publication, distribuée aux participants à l’assemblée générale, décrit comment sont générés les coproduits et fournit une présentation de ceux que la Fefac considère comme les plus représentatifs et les plus utiles dans la fabrication d’aliments composés pour animaux : son de blé et riz, pulpe de betterave et mélasse, granulés et levures de bière, granulés de gluten de maïs, céréales. Le livret mentionne également leur valeur dans les aliments composés. « Leur utilisation contribue à la durabilité et à la rentabilité de l’ensemble du système de production alimentaire. » Une illustration du rôle que les fabricants européens d’aliments composés jouent dans l’économie circulaire, générant des avantages économiques et environnementaux pour le processus de production et le secteur de l’élevage.

« L’une des principales forces de l’industrie européenne de l’alimentation animale est sa capacité et ses connaissances pour convertir en toute sécurité les coproduits en aliments nutritifs pour animaux. Il convient aussi de sensibiliser davantage au fait que l’utilisation de ces coproduits joue un rôle essentiel dans la prévention des déchets (alimentaires) et contribue à réduire de manière significative l’empreinte environnementale de la production d’aliments composés pour animaux », ajoute Nick Major, président de la Fefac. « Il faut cependant rester très vigilant : une production durable ne peut être réalisée sans des garanties strictes en matière de traçabilité et de sécurité des aliments. » Phil Hogan estime que « maintenir une politique commune forte au niveau de l’UE est le meilleur moyen de relever les défis auxquels nous sommes confrontés, notamment celui consistant à concilier la sécurité alimentaire avec nos objectifs ambitieux en matière de climat et d’environnement. La Commission souhaite soutenir le secteur dans ce défi et nous sommes convaincus que notre proposition de moderniser et de simplifier la Pac indique la voie à suivre. »

Ermeline Mouraud

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