Fabricants d’aliments : du champ au camion

Une nouvelle fois lors du Space, les fabricants d’aliments ont présenté leurs innovations et services. Data, meilleures connaissances des matières premières, formulation de précision, bien-être, etc. Tour d’horizons des entreprises rencontrées pendant cette semaine de salon.

Fabrice Bedel, responsable du pôle marketing opérationnel Cecab et Alban Berthelot, responsable technique porcs.

Fabrice Bedel, responsable du pôle marketing opérationnel Cecab et Alban Berthelot, responsable technique porcs.

Cecab – Coop de Broons

Du nouveau pour l’alimentation des ruminants

Les coopératives Cecab et Coop de Broons ont récemment lancé « Capital Herbe », à destination, principalement, des vaches laitières. « Il s’agit d’une approche qui associe, autour d’experts, les technico-commerciaux en productions animale et végétale, explique Fabrice Bedel, responsable du pôle marketing opérationnel. Ils regardent comment l’herbe est valorisée et ensuite quels peuvent être les apports des aliments, pour assurer une efficacité alimentaire et économique. Il s’agit d’une approche au cas par cas, avec un diagnostic établi élevage par élevage. Cela répond à la fois aux attentes des consommateurs, pour qui un lait de qualité est produit au pâturage, d’augmenter l’efficacité économique des producteurs (-20 €/1 000 l au pâturage) et d’agir pour l’environnement (1 ha de prairie fixe 2,4 t de carbone par an) ». Afin d’optimiser la conduite des prairies, Capital Herbe englobe un bilan de l’utilisation fourragère et un accompagnement dans le choix des semences les mieux adaptées aux besoins des éleveurs.

Cecab et Coop de Broons ont également créé « Capital maïs », un système Nir portable destiné à évaluer le potentiel du maïs à être valorisé par Élixir, supplément nutritionnel à base d’enzymes améliorant la digestibilité des fourrages. « En moyenne, on a observé une augmentation de 2 litres de lait », souligne Fabrice Bedel. Autre nouveauté pour l’alimentation des ruminants présentée cette année sur le stand : « Green Tonic ». Un substitut au propylène glycol « à base de différents types de sucres très assimilables et digestibles », pour un apport d’énergie à l’animal. « Les résultats sont les mêmes, mais le produit est beaucoup plus appétant. La solution est au même prix de revient et est 100 % naturelle. »

Thibault Vanvolsem, à droite, en compagnie de clients et de collaborateurs de l’entreprise.

Thibault Vanvolsem, à droite, en compagnie de clients et de collaborateurs de l’entreprise.

Dumoulin

Une solution « unique au monde »

Dumoulin fait partie du groupe belge Aveve avec une production annuelle de 1,9 million de tonnes d’aliments, toutes espèces confondues. L’opérateur belge avait axé sa présence à Rennes autour de trois dossiers. Deux concernaient les produits extrudés : Nutex, fabriqué avec des graines de lin, et Hipro 58, qui apporte de l’urée retard dans la ration. HiPro 58 est aussi une solution pour l’alimentation non OGM des vaches laitières. Quant au troisième élément, il s’agissait de Taintstop, solution « unique au monde » selon Thibault Vanvolsem, directeur produits et développement. « Par l’aliment, on résout le problème de l’odeur des verrats non-castrés. » Cette technique a été validée auprès d’universités et sur le terrain auprès d’acteurs de la filière porcine. « À la fin de l’engraissement, le noyau Taintstop représente 15 % de la ration. » Une solution « techniquement et économiquement rentable » selon son promoteur. « On respecte le bien-être animal car on ne procède à aucune manipulation (NDLR : ni castration ni vaccination). On joue uniquement sur l’alimentation du porc. »

De gauche à droite : Maxence Legrand, responsable de l’activité ruminants, Matthias Michel, Jérôme Rossignol et Joachim Michel, directeur général volaille.

De gauche à droite : Maxence Legrand, responsable de l’activité ruminants, Matthias Michel, Jérôme Rossignol et Joachim Michel, directeur général volaille.

Groupe Michel

Met le cap sur les 800 000 tonnes

Le groupe Michel exerce deux métiers : nutrition animale et organisation de filières de production. La première activité a représenté une production de 780 000 tonnes en 2017 (porcs : 50 % ; volailles : 40 % ; ruminants : 10 %) et l’opérateur breton vise les 800 000 tonnes en 2018. « Alors que le marché est en baisse, nous augmentons notre production, déclare Matthias Michel, président de l’entreprise. Nous sommes un groupe familial spécialisé sur ses métiers : notre positionnement a du sens. » Le dirigeant poursuit : « Notre structuration en réseau de PME nous apporte une agilité tout en étant compétitif. » Le groupe possède 4 % de part de marché au niveau national, ses principaux débouchés se situant dans le Grand Ouest.

« La rentrée est chaude ! » n’hésite pas à dire Matthias Michel. Celui-ci fait référence au contexte matières premières. « En outre, deux de nos trois sites de production sont à saturation. » Pour remédier à la situation, l’entreprise bretonne prévoit d’investir six millions d’euros en trois ans sur son site historique de Saint-Germain-en-Coglès (Ille-et-Vilaine). L’opération permettra d’augmenter la production du site de +30 % et de la porter à 400 000 tonnes. Par ailleurs, une usine spécialement dédiée au bio sera construite. La capacité de production de l’unité sera de 30 000 tonnes. Objectif : accompagner le développement de l’offre M’Bio (NDLR : œuf biologique).

En volaille de chair, le groupe familial poursuit la mise en œuvre du plan de progrès Valeurs d’Éleveurs positionné sur le segment du manger mieux à destination des marques de distributeurs et des transformateurs. « Après la démarche de normalisation du bien-être animal, nous initions un plan de construction avec Jardins d’Hiver (NDLR : pour le certifié) », déclare Matthias Michel. Pour en savoir plus, consulter le site www.valeurs-eleveurs.fr. Parallèlement, le fabricant breton déploie sa démarche Certifermpro 2.0. L’enjeu : le pilotage de la performance par data. En poulettes, « nous poursuivons notre développement et la structuration de nos équipes avec l’arrivée récente de deux personnes ». Le groupe Michel annonce 10 % de part de marché au niveau national alors qu’il était totalement inexistant une décennie auparavant !

Quid des porcs ? « Nous sommes dans une dynamique de croissance (NDLR : +3 % en 2018) répond notre interlocuteur. Grâce aux entreprises de notre réseau, nous nourrissons 10 % des cochons français. » Pour janvier prochain, l’opérateur breton promet une « innovation majeure » concernant les porcelets. Par ailleurs, l’été dernier, Jérôme Rossignol, présent dans l’entreprise depuis cinq ans, a pris la direction de Seretal, l’organisation de producteurs porcs du groupe. Du coté des ruminants, l’innovation concerne l’incorporation de minéral à la carte dans les aliments. Objectifs : « Être au plus près des besoins des animaux et faciliter le travail des éleveurs car ce nouveau concept ne génère aucune manipulation. » La solution est commercialisée sous le nom de Cartamin et, sur ce créneau du minéral, l’activité de l’entreprise est en hausse d’environ +20 % alors que le marché stagne. Concernant l’aliment complet, l’industriel s’inscrit dans une démarche technico-économique de suivi régulier de la marge dégagée par jour et par vache. Objectif : « Aider les clients dans leurs investissements alimentaires. » À la clé, une hausse d’activité de +20 % depuis 2016 avec, par ailleurs, la confirmation de la présence de l’opérateur breton dans le Morbihan et les Côtes-d’Armor, deux secteurs jusqu’alors inexploités.

L’activité nutrition-santé est marquée par le lancement par Infeed, filiale export du groupe, de Solubird, destiné aux volailles d’un jour afin d’améliorer leurs conditions de transport. « Ce gel hydratant et nourrissant réduit la mortalité et accroît la vigueur des animaux à destination, déclare Matthias Michel. Nous ciblons les sélectionneurs et les accouveurs. » Cette innovation a nécessité un an de travail en recherche et développement en impliquant l’ensemble des compétences volailles du groupe. L’autre actualité concerne l’arrivée, au printemps dernier, de l’élevage Hôtel d’Air (NDLR : à Saint-Denoual, dans les Côtes-d’Armor). L’enjeu : se positionner en amont des circuits courts volailles afin de répondre à la demande grandissante des locavores. Le dirigeant du groupe familial conclut en ces termes : « Nous répondons à la pluralité des besoins du consommateur sans opposer les systèmes de production : conventionnel, certifié, bio, circuits courts et agriculture de loisir avec la marque Magalli. »

Hugues Mongé, directeur de Sanders Bretagne.

Hugues Mongé, directeur de Sanders Bretagne.

Sanders Bretagne

« Une année de consolidation »

Sanders Bretagne a inauguré récemment une usine bio à Guingamp (Côtes-d’Armor). Les aliments qui y sont produits sont commercialisés sous la marque Alinat (voir RAA 719). L’exploitation a démarré il y a un an et demi après conversion du site. La production est destinée aux poules pondeuses, aux bovins et aux porcs avec des conditionnements en vrac et en big-bag. La première année, la production s’est élevée à 15 000 tonnes avec un objectif, à terme, de 25 000 tonnes. Pour le reste de l’activité, « 2018 est une année de consolidation », déclare Hugues Mongé, directeur de Sanders Bretagne. Qui ajoute : « La volaille de chair représente notre principale activité et nous accompagnons les éleveurs dans la modernisation de leurs bâtiments avec, pour priorité, le bien-être animal : sol en béton et éclairage naturel. » En partenariat avec LDC, la production vise la restauration hors domicile. En volaille de ponte, l’actualité concerne la conversion des élevages : passer des cages au plein air. « Une action qui s’inscrit dans la continuité. » En porc, l’année est marquée par la nouvelle gamme truie Karmaline. Celle-ci a été lancée il y a huit mois et est adaptée à une génétique de haute prolificité. Mentionnons également Startylac, lait reconstitué pour porcelets accompagnant l’hyperprolificité. Le produit a dix mois d’existence.

Du côté des ruminants, en 2017, Sanders a racheté un outil permettant de faire du mash. À la clé, le lancement récent d’une nouvelle gamme de produits : un mash formulé avec beaucoup de matières premières (plaquettes de lin, fèverole floconnée, maïs floconné, etc.). Un travail sur l’appétence a également été mené avec des arômes spécifiques. Un produit destiné aux bovins viande. Pour les bovins lait, mentionnons le lancement de la gamme SandiPMS (NDLR : protéines métabolisables Sanders). Cela s’accompagne d’une révision du système nutritionnel de la vache. « On va beaucoup plus loin dans la prévision de l’utilisation des protéines consommées par la vache commente Hugues Mongé. Les aliments sont formulés avec moins de matières premières mais pour des performances identiques. D’où un coût moindre pour l’éleveur. » Par ailleurs, Sanders Bretagne accompagne les éleveurs désirant s’installer, développer leur ferme ou transmettre leur outil. Cet accompagnement repose sur trois piliers : définition de la stratégie de l’entreprise, mise en œuvre du projet et communication. Un dispositif lancé officiellement lors du Space et cela sera suivi d’un forum en décembre. En trois ans, l’industriel breton a accompagné trois cents projets.

G. Hardy et E. Mouraud

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