Elevage : comment la passion du foot peut rassembler autour des enjeux de notre filière ?

Lors de la semaine du salon du Space 2019, l’association Ludogorets Green Matik 22 a proposé une soirée très originale. Ce fan-club de football entièrement composé de professionnels de la filière de productions animales a organisé sa soirée annuelle sur le thème et la question d’un monde sans élevage, un non-sens. Retour sur les moments forts de cet événement.

LGM22, vous connaissez ? Le Ludogorets Green Matik 22. L’unique fan-club français des Ludogorets, l’équipe nationale bulgare de football. Vous trouvez cela original ? Ce n’est pas tout. L’autre particularité de cette association est sa composition : entièrement par des professionnels de la filière de productions animales occupant des métiers divers tels que la R&D, la génétique, la production d’aliment pour animaux, la santé animale, les équipementiers, etc.

Au mois de septembre dernier, pendant la semaine du salon du Space, le fan-club a organisé sa soirée annuelle où une centaine de passionnés se sont réunis. LGM22 a offert un événement en deux parties. Tout d’abord, une série de conférences autour d’un thème touchant l’ensemble des participants : « Un monde sans élevage est un non-sens », animé par Hervé Le Prince, directeur de NewSens et accompagné de Stéphane Radet, directeur du Snia (Syndicat national de l’industrie de l’alimentation animale) et de Christian Harbulot, directeur de l’École de guerre économique, EGE). Norbert Raza, ambassadeur des Ludogorets et animateur de la soirée, et l’ensemble des adhérents du fan-club, ont ensuite partagé leur dynamisme et leur passion du football en « refaisant le match » et en revenant sur l’année et les résultats de leur équipe.

Un constat

Hervé Le Prince, fondateur et directeur de l’agence de communication stratégique rennaise NewSens, est revenu sur le mouvement vegan et la place de l’élevage dans notre société aujourd’hui. Pour lui et comme l’indique le titre de sa présentation : « Un monde sans élevage est un non-sens, disons le haut et fort ! » Il a tout d’abord tenu à rappeler ce que représentaient aujourd’hui en France les mouvements dits abolitionnistes et antispécistes. « La limitation de la souffrance animale est le dénominateur commun des associations et institutions welfaristes, abolitionnistes et antispécistes, mais leur degré de tolérance et leur approche militante et politique sont différents face aux élevages et à notre alimentation (omnivore, flexitarien, végétarien et vegan). Il souhaite imposer une nouvelle éthique animale, santé, alimentation, environnementale et socio-économique. En quelques mots, un changement de civilisation. Chaque institution telle que la plus connue L214, met en marche un véritable business model avec des actions fortes : dénoncer, médiatiser, communiquer, indigner, monétiser, influencer, légiférer, se développer. Les États généraux de l’alimentation ont déçu entrainant une certaine radicalisation du mouvement par des appels à la désobéissance et l’action directe de ces mouvements. » Au États-Unis, on parle de « vegan mafia » où de grandes institutions et entreprises financent ces ONG à travers le monde mais investissent également dans des centres de recherche étudiant les alternatives aux protéines animales. Cette année, A.T. Kearney, un cabinet américain de conseil en stratégie, annonce même qu’en « 2040, 60 % de la viande consommée ne proviendra plus d’animaux ! »

Une soirée sous le signe du sport et des défis de toute une filière.

Redonner du sens

Il est urgent pour notre filière de réagir. Oui, mais comment ? Hervé Le Prince propose une suite logique d’action : « Il faut réaffirmer notre humanité. Pour faire grandir l’homme depuis toujours, il est naturel et vital de se nourrir de viande, d’œuf de lait, de poisson et de végétaux. L’homme est omnivore et il ne va pas s’auto-carencer. » Il précise également que l’homme est « un animal éthique. L’élevage peut garantir un système d’alimentation durable à l’échelle de la planète et favoriser la biodiversité. Les animaux que l’on élève font partie intégrante de notre culture, alors attention à cette idée extrémiste de tout remettre en question ».

Il prévient cependant : « Nous avons notre position qui est de protéger notre filière face à ces mouvements mais il est indispensable d’entendre ce que la société a à nous dire. Il va falloir agir pour redonner du sens à notre alimentation. Informer pour dire concrètement et ouvertement ce que l’on fait pour regagner la confiance du plus grand nombre et casser ce plafond de verre. En un mot : communiquer ! »

« Il faut s’unir ! continue Stéphane Radet, directeur du Syndicat national de l’industrie de l’alimentation animale (Snia) invité à débattre sur ce thème. Il faut être fiers de notre filière dont l’image est ternie depuis plusieurs années, à chaque crise, à chaque dénonciation de la part des ONG, etc. Nous construisons et proposons activement des réponses face à ces enjeux sociétaux, sanitaires, économiques. Communiquons sur nos actions : Oqualim, Duralim, etc. Nous devons nous fédérer et raconter notre histoire. »

Guerre économique dans le monde agricole

Christian Harbulot, directeur de l’École de guerres économiques (EGE) a ensuite proposé des clés pour mener à bien « cette offensive » face aux « attaques ». « La mondialisation entraine une confrontation entre des blocs économiques tels que la Chine et les États-Unis. Des méthodes offensives pour y répondre s’articulent en général autour de trois champs : concurrentiel, normatif et sociétal. Si on parle d’un sujet qui nous touche directement : l’offensive américaine sur les substituts à la viande. Un business prometteur financé par des grandes entreprises telles que Microsoft, Facebook, Virgin. Et une communication émanant d’entreprises technologiques… et non agricole ! Première solution : il faut occuper le terrain pour répondre à ce premier champ concurrentiel. Deuxièmement, attention à l’aspect normatif. On ne peut pas être juge et partie. Nous devons rester neutres. Il faut des acteurs extérieurs pour parler et défendre la filière. Pour cela, il faut convaincre, communiquer et redonner confiance. Enfin troisièmement, il faut analyser en profondeur la tactique des adversaires, mener une réflexion et trouver des mouvements de soutien extérieurs, un collectif stratégique. »

M. Harbulot a également expliqué comment les multiples offensives lancées contre le monde agricole prennent une dimension nouvelle. « Les contestataires ne se contentent plus de s’attaquer aux cibles classiques (agriculteurs, exploitations, centres de production), ils se manifestent sur les lieux de vie (école, centres d’apprentissage, commerces) et surtout ils prennent une position dominante sur les réseaux sociaux. Les pratiques groupusculaires des mouvements welfaristes se transforment en unvéritable fait de société. Il s’agit d’une bataille d’usure. Les opposants au monde agricole gagnent progressivement de l’influence dans une partie de la jeunesse française, européenne et même occidentale. La question du changement de mode de vie est associée de plus en plus à la question du changement de mode d’alimentation. »

Il termine en précisant que « le principal point faible de l’adversaire concerne l’aspect santé de notre alimentation et notamment pour les nourrissons et les enfants en bas âge. Sur ce point précis, le véganisme est une absurdité qu’il faut combattent ! A vous de trouver une réponse adaptée. »

On refait le match

Suite à cette conférence-débat mettant en scène une équipe, la filière élevage, et des adversaires, les welfaristes, place au sport. La deuxième partie a été consacrée à la promotion et à la découverte de l’environnement de l’équipe Ludogorets : son histoire et son état d’esprit, son centre sportif et sa ville de Razgrad et ces trophées locaux et ses performances européennes. Le LGM22 est présidé par Norbert Raza, de la société Huvepharma. D’autres fans l’ont accompagné dans l’animation de cet événement : François Le Fort de chez France Volaille, Julien Leloup de chez Agrial, Pascal Durot de chez Tromelin Nutrition et Auriane De Tonnac du Centre Mondial de l’Innovation. La soirée s’est conclue par la remise des prix récompensant les huit gagnants du Green Matik 2019 Challenge, auteurs des meilleurs films et photos de l’année !

Une belle soirée pour une belle initiative fédérant des professionnels autour d’une même passion entrainant une énergie et une dynamique au service de leurs métiers et d’un sport. Bonne année sportive 2020 au LGM22 et à Fortuna, l’aigle mascotte de l’équipe !

C. Villéger

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