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Désialis : Les fibres dans les rations des vaches laitières

Dans le cadre du Space, Désialis, intervenant historique sur le marché des produits déshydratés fibreux à destination de la nutrition animale, a invité Francis Enjalbert, professeur de nutrition animale à l’école vétérinaire de Toulouse et Michel Vagneur, docteur vétérinaire, nutritionniste et consultant en nutrition bovine, afin de faire le point sur la notion de fibres et leur importance chez les ruminants laitiers. Une conférence qui a fait salle comble. 

Francis Enjalbert, docteur vétérinaire et professeur de nutrition animale à l’école nationale vétérinaire de Toulouse.

Francis Enjalbert, docteur vétérinaire et professeur de nutrition animale à l’école nationale vétérinaire de Toulouse.

La maîtrise de l’apport de fibres dans les rations des vaches laitières est un enjeu : « Trop de fibres peut conduire à une déconcentration des rations et à une baisse des performances, pas assez de fibres peut conduire à des dysfonctionnements ruminaux, là aussi source de baisse de performances ». Francis Enjalbert, docteur vétérinaire et professeur de nutrition animale à l’école nationale vétérinaire de Toulouse, est l’auteur d’une publication sur le sujet, récemment éditée par Désialis. L’opérateur de produits déshydratés a profité du Space et de la sortie de ce livret, « qui pourrait devenir une référence pour tous les professionnels et techniciens de la nutrition de la vache laitière », pour organiser, mardi 11 septembre, une conférence, animée par Didier Coulmier, directeur recherche et développement chez Désialis. Outre Francis Enjalbert, qui a fait part de son expertise, Michel Vagneur, docteur vétérinaire, nutritionniste et consultant en nutrition bovine est venu partager son expérience terrain.

Chez l’homme et les monogastriques, les fibres alimentaires sont définies par l’Efsa comme la fraction des glucides et de la lignine des végétaux qui n’est pas digérée par les enzymes des animaux et arrive dans le gros intestin pour y subir une digestion microbienne. « Chez les ruminants, la digestion microbienne se déroule principalement dans l’ensemble réseau-rumen, c’est-à-dire dans la partie antérieure du tube digestif. La notion de fibres en alimentation des ruminants est donc plutôt liée à certaines fonctions : celles de la fibre chimique et celles de la fibre physique, introduit Francis Enjalbert, avant de développer ces deux notions. La fibre chimique est représentée par les constituants des parois cellulaires des végétaux, composées principalement de polysaccharides : de pectines, hémicelluloses et celluloses dans la paroi primaire et d’hémicelluloses, de microfibrilles de cellulose et de lignine dans la paroi secondaire. » Elle conditionne en partie la valeur énergétique des rations et est appréhendée par la composition chimique des aliments ou des rations.

Dans le rumen, la digestion des glucides se fait en deux étapes : « La première est due à des enzymes, majoritairement sécrétées par les bactéries, qui hydrolysent les polysaccharides. Elle conditionne la vitesse et l’efficacité de la digestion ruminale des fibres. Les pectines sont rapidement dégradées dans le rumen, la vitesse est plus faible pour la cellulose et les hémicelluloses et dépend du degré de lignification des parois. De même, l’efficacité de la digestion des fibres diminue lorsque le pH descend au-dessous de 5,8. » La deuxième étape se déroule au sein des micro-organismes du rumen et fournit l’énergie nécessaire à leur croissance. « C’est au cours de cette croissance que les microorganismes synthétisent des protéines microbiennes qui couvriront une partie des besoins protéiques des animaux. Cette activité fermentaire produit les acides gras volatils (AGV) (acétate, propionate, butyrate) qui constituent les principaux substrats énergétiques disponibles au niveau métabolique chez le ruminant. Avec des rations dont les fibres sont les glucides dominants, l’absorption des AGV permet d’éviter une accumulation dans le rumen, qui entraînerait une diminution du pH ruminal. Le microbiote ruminal est particulièrement adapté à la digestion des fibres alimentaires, mais dans des conditions d’élevage, il est largement confronté à d’autres glucides, en particulier l’amidon. » Il existe deux méthodes principales afin de doser les fibres chimiques dans les aliments pour animaux : le dosage de la cellulose brute et la méthode des détergents. « La première est la plus ancienne. Son principe repose sur la destruction du contenu cytoplasmique par une hydrolyse acide, suivie d’une hydrolyse basique. Si elle sous-estime les fibres totales de l’aliment et surestime la quantité de glucides cytoplasmiques, elle reste la méthode officielle d’expression de la teneur en fibres des aliments, étant peu coûteuse, répétable et reproductible. » La seconde méthode, « plus moderne », fait appel à la solubilisation des composants des aliments dans des solutions détergentes. « Les résidus obtenus sont le NDF ( fibre détergente neutre), qui contient l’essentiel des parois cellulaires, et l’ADF (fibre détergente acide) qui contient essentiellement la cellulose et la lignine. Elles donnent des renseignements beaucoup plus précis sur les constituants pariétaux des végétaux. » Leur dosage est actuellement réalisé en laboratoire par spectrométrie proche infrarouge.

Ermeline Mouraud

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