Bühler networking days : réfléchir, s’interroger, imaginer et créer un monde nouveau

À Uzwill en Suisse où le groupe possède son siège, Bühler a rassemblé l’été dernier 800 participants de plus de 80 pays pour la seconde édition de ses networking days. L’événement a proposé des conférences pour réfléchir globalement à l’avenir de la planète et des démonstrations techniques pour trouver des solutions appliquées à chaque métier.

« Les 500 entreprises représentées ici aujourd’hui produisent de la nourriture pour 4 milliards de personnes et fournissent des solutions de mobilité pour 1 milliard de personnes », présente Stephan Scheiber, directeur général de Bühler en ouvrant la première session plénière des Bühler networking days. « Dans quel monde vivons-nous ? s’interroge-t-il. Cette planète est la seule que nous ayons et c’est la mieux. L’industrialisation a permis d’élever le niveau de vie : l’extrême pauvreté a régressé de même que la mortalité infantile. Mais, le 29 juillet dernier, nous avons épuisé les ressources naturelles de la terre pour l’année en cours. C’est le jour du Dépassement. Quand cette notion est apparue, dans les années 1970, le jour du Dépassement survenait en décembre. Le mouvement s’accélère et c’est très mauvais signe. » Malgré toute l’incertitude liée à la méthode utilisée pour son calcul, ce critère pose très brutalement la réalité du monde. « La croissance mondiale attendue pour 2020 est de +2,6 %, poursuit Stephan Scheiber. De nombreux pays vont connaître la récession. Comment continuer à faire du business dans ces conditions ? » Selon lui l’industrie, « qui a déjà participé à l’émergence de solutions nouvelles va trouver dans la nouvelle donne mondiale une opportunité de business : l’industrie sait prendre ses responsabilités. Le changement climatique pose de nouvelles contraintes auxquelles l’entreprise va s’adapter d’un point de vue économique ».

Stephan Scheiber directeur général de Bühler : « À côté des ONG et des gouvernements, les entreprises doivent jouer un rôle dans le nouvel ordre écologique mondial : car le système ne sera durable qu’à condition de générer un bénéfice et s’inscrire dans une réalité économique. »

Il rappelle l’objectif que Bühler s’était fixé lors des networking days précédents en 2016 : « Réduire notre utilisation d’énergie de -30 %. Cette fois, nous nous fixons pour objectif de réduire notre utilisation de l’énergie, ainsi que notre utilisation d’eau et notre production de déchet de l’ordre de 50 %. Nous n’avons pas toutes les solutions mais nous comptons sur vous et sur nos collaborations pour y parvenir. »

Assumer ses responsabilités

Sunny Verghese, le cofondateur et P-DG du groupe international de négoce de matières premières agricoles Olam, est le premier à prendre la parole. Il est l’actuel président du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (World business council for sustainable development, Wbcs). « En tant qu’entreprises mondiales, nous réfléchissons à nos objectifs de développement. Nous le constatons partout dans le monde : le système agricole est en totale rupture. Il ne couvre pas les besoins alimentaires correctement, il n’assure pas un développement économique égalitaire dans le monde et il ne respecte pas la planète. Mais la planète ne nous envoie pas de facture ! Pourquoi ne pas instaurer un système de taxes, au niveau mondial pour grever le coût des matières premières agricoles qui détériorent notre planète ? L’inégalité des législations environnementales est catastrophique pour la planète. Nous devons chacun y songer à titre individuel : nous sommes ici en Suisse : combien d’entre nous a pris l’avion ? Et comment faisons-nous à notre échelle pour rembourser le coût carbone de ce déplacement. C’est une responsabilité globale et individuelle, elle nécessite des engagements personnels, collectifs et politiques. En tant qu’entreprises, nous devons unir nos efforts avec les ONG et nous saisir du leadership dans ce domaine. Les taxes carbones sont une nécessité mais elles doivent être justes, basées sur des chiffres officiels et des méthodes de calcul validées par des chercheurs indépendants. Le business as usual n’est plus une politique vivable. »

Interrogé sur le sujet, Ian Roberts, responsable technique Bühler, a beau réfléchir, il ne connaît pas le montant de son empreinte carbone : « Je suis sidéré de ne pas avoir cette information. Mais je vais me renseigner et on ne m’y reprendra plus. C’est de ma responsabilité. Ces journées de réflexions sont essentielles pour nous forcer à prendre du recul et prendre conscience des enjeux qui nous dépassent dans la gestion de notre quotidien. »

Kate Robertson est créatrice de l’association One Young World dont l’objectif est de rassembler les jeunes talents pour créer un meilleur futur, de promouvoir et encourager les jeunes leaders : « Ces jeunes, dont nous ne comprenons pas toujours le mode de fonctionnement, dont nous ne partageons pas les valeurs, sont les leaders de demain : ils sont la génération la plus connectée, la mieux éduquée. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord avec eux, nous sommes en train de nous retirer de ce monde, le monde de demain n’est pas le nôtre : il sera le leur. Il est de notre responsabilité de les aider à développer leurs idées. » Pour aider ces jeunes à accéder au capital qui leur fait cruellement défaut, l’association One Young World organise le programme Lead 2030 qui constitue à doter des projets : « Il ne s’agit pas de belles idées, il faut que leurs projets soient élaborés. » Pour Kate Robertson : « Le changement viendra des entreprises, pas des ONG. Le business a le financement et la réactivité de faire changer le monde. » Ainsi plus de 2 000 jeunes se préparent à participer au rassemblement One Young World à Londres en 2020 : « Toutes les entreprises envoient leurs jeunes pousses et nous avons dû fermer la liste des participants. »

Présentation du nouvel extrudeur simple vis : le PolyOne, lancé officiellement quelques semaines plus tôt à Cologne lors du dernier Victam.

Sur le modèle de One Young World, Bühler a développé son programme Génération B rassemblant 500 jeunes de l’entreprise partout dans le monde autour de projets et de réflexions prospectives : « Huit mille apprentis ont été en formation chez Bühler depuis 1917 dont 73 % ont continué leur carrière chez nous, illustre Stephan Scheiber, le directeur général de Bühler. En 2018, ils étaient 603, dont 21 en dehors de leur pays. » Pour former ses jeunes recrues, Bühler a conçu un programme de trois ans l’International management trainee program et dispose de six centres d’apprentissages sur les cinq continents ainsi que 29 Application centers comme celui d’Uzwill. : « Nous les utilisons pour nos besoins de formation en interne et également pour nos clients : 4 000 étudiants et 5 000 clients y ont été formés. »

« Prenez au sérieux vos jeunes salariés, conclut Kate Robertson. Ne les paternalisez pas, ne les sous-estimez pas. Traitez-les comme vous aimeriez être traité vous-même. Ce sont eux qui dirigeront les gouvernements et les sociétés : ils bâtiront le monde de demain. »

La dernière intervenant de la session était Gro Harlem Brundtland qui fut trois fois première ministre de Norvège et également présidente de l’Organisation mondiale pour la santé : « Le développement durable a conduit ma vie depuis des décennies, raconte-elle à l’occasion d’une conférence qui a captivé son auditoire. Je suis intimement convaincue que l’on ne pourra pas résoudre les défis mondiaux sans les ressources et les connaissances des entreprises. Les entreprises et la société sont condamnées à s’élever ensemble… ou elles s’écrouleront ensemble. Nous devons réussir à bâtir une économie verte avec une croissance qui ne porte pas dommage à la planète. C’est un changement de paradigme car jusqu’à présent, la réussite économique était basée sur l’accaparement et l’accumulation du capital physique et financier ainsi que des ressources du monde, sans tenir compte des dommages générés sur la planète et la nature. C’était une erreur. » Elle encourage les entreprises présentes dans la salle à créer des liens et des passerelles entre les secteurs, les enjeux et les gens. « Tout est lié : pensez de manière holistique et votre impact sera plus important. Oui, tout est lié à tout. Je l’ai dit et on m’a critiqué pour le caractère évasif de cette assertion or aujourd’hui cette phrase est souvent citée et avec respect. »

Des solutions de marché…

Pendant que les intervenants se succèdent à la tribune des sessions plénières, un incessant va-et-vient anime le Cubic, ce vaste bâtiment futuriste inauguré au printemps dernier pour accueillir les forces vives de la recherche Bühler. À l’occasion des networking days, une quinzaine de startup s’y relaient à la tribune pour cinq minutes chacune afin de présenter leur sujet de travail : la réduction du sucre dans l’alimentation, l’analyse digitale des données de panels sensoriels, la fabrication d’un concentré de protéine à 70 % issu de pois chiches à destination de l’alimentation humaine, un système de stockage de l’hydrogène léger, facile à incorporer et recyclable pour les véhicules à piles à hydrogène, une machine à fabriquer des snacks sains à la demande sans emballage, etc.

Au pied du Cubic, Bühler a annexé la patinoire municipale d’Uzwill qui jouxte ses tours et ateliers pour les trois jours des networking days. Le sol glacé a laissé place à un vaste hall d’exposition présentant les solutions innovantes de Bühler.

Une galerie présente la variété des produits fabriqués grâce aux technologies Bühler. Les traditionnels snacks et chips qui se déclinent au goût d’aujourd’hui à base de lentilles et de quinoa tout comme les céréales du petit-déjeuner qui sont pour 30 % fabriquées sur des machines Bühler. Des analogues de viandes : flocons de tournesol, nuggets de soja ou dés au goût bacon. On y apprend que 30 % du riz et des légumes secs ainsi que 40 % des pâtes industrielles et 65 % des céréales mondiales sont transformés à l’aide d’outils développés par Bühler. Plus étonnant, la moitié des feux de signalisation et feux arrière des automobiles neuves produites dans le monde sont métallisés d’après une technologie Bühler et la moitié des voitures neuves fabriquées de par le monde possèdent des objets moulés grâce à une technologie Bühler.

Dans le vaste hall, les machines couvrent donc un large panel d’applications et de marchés. Le nouvel extrudeur à simple vis PolyOne, lancé officiellement quelques semaines plus tôt à Cologne lors du dernier Victam, ouvre la zone dédiée aux solutions Feed. Daniel Stoffner, responsable produit le présente : « La problématique sanitaire est une question de plus en plus importante sur le marché du petfood. L’année dernière, il y a eu 800 rappels de produits, dont les trois quarts pour des contaminations bactériennes. Dans le même temps, les propriétaires de chiens et chats sont désireux de voir davantage de viande fraîche dans les formules des aliments de leurs animaux de compagnie or cette viande est responsable des développements bactériens. D’autant plus que le nettoyage total des extrudeurs est extrêmement complexe. Ce sont ces problématiques que nous avons tenté de résoudre avec ce nouvel extrudeur. » Premier modèle à vis simple pour Bühler jusqu’alors spécialisé dans la technologie bi-vis, PolyOne se distingue par le positionnement de son équipement de préconditionnement : au lieu d’être à l’aplomb de la chambre d’extrusion, le préconditionneur et la chambre de rétention sont décalés. « Cette conception permet un nettoyage sans risque garantissant que l’eau et les produits détergents ne détériorent pas le matériel en dessous », explique Daniel Stoffner. En cours de production, au lieu de descendre dans la chambre d’extrusion par une vis conique, la préparation alimentaire arrive latéralement via une vis d’alimentation en force. « Ce feeder garantit un taux de remplissage optimum et des conditions stables de fonctionnement. En supprimant le cône de remplissage, on rend possible le retrait complet de la vis d’extrusion du fût, explique Daniel Stoffner. C’est la seule manière de garantir un nettoyage approprié et de limiter le risque de contamination bactérienne. » Pour les opérations de nettoyage et maintenance, Bühler a développé un équipement de manutention qui n’est pas présenté car non encore complètement protégé par un brevet. Cet équipement permet la manipulation de la vis d’extrusion d’un poids supérieur à 1,5 tonne : « La procédure de nettoyage est ainsi limitée à 1 heure, au lieu de plus d’une dizaine d’heures quand il faut démonter les modules. »

Comme les extrudeurs bi-vis développés par Bühler, PolyOne bénéficie des modules SME, Specific mechanical energy et density control. Tous deux permettent d’optimiser les matières premières sans affecter la qualité du produit fini grâce à la régulation de l’apport d’énergie mécanique quelle que soit la configuration de la vis. Quatre lignes fonctionnent déjà en Asie, une en Amérique du Sud et un équipement est en cours d’installation en France.

Pendant les networking days, Bühler a investi la patinoire municipale pour la transformer en vaste showroom.

Un peu plus loin dans l’espace consacrée aux solutions nouvelles développées par Bühler à destination des industries feed, Christian Ziemann, responsable du marché nutrition animale, présente le dispositif de mesure en ligne des tailles de particules : PSM. « La déviance dans la taille des particules se met en place très lentement au cours du process et les analyses manuelles par tamisage et plans de contrôle sont lentes à les révéler. La technique de contrôle en ligne permet une meilleure réactivité. » Le système installé en sortie de mélangeur ou en tout autre point du process est totalement autonome et contrôle chaque lot ; la mesure se fait par capteur optique et lecture laser. « Chaque usine détermine la taille de particule, entre 10 et 5 000 µm, pour laquelle elle souhaite recevoir les alertes de déviance. » Christian Ziemann rappelle par ailleurs le fonctionnement du système de Nir en ligne, qui permet d’associer à un spectromètre jusqu’à six points de prélèvement sur la ligne de production : « Dans sa dernière version, le système contrôle également l’humidité qui permet d’évidents gains de productivité. Son retour sur investissement est inférieur à un an. » Pour Christian Ziemann, « d’ici trois à cinq ans, plus de la moitié des usines seront équipées de ces analyseurs Nir en ligne car leur fonctionnement est simple et ils permettent l’optimisation de la production ainsi que l’amélioration de la qualité au profit de la compétitivité des fabricants d’aliments du bétail ».

Toujours dans le hall des solutions, Bühler présente la nouvelle génération de meunerie Mill E3 : plus compact, l’unité de production est réduite à trois étages au lieu de cinq à six habituellement. Elle nécessite un investissement 30 % moindre, et un temps d’installation réduit du même ordre, tout en entraînant une économie énergétique de fonctionnement de 10 %. Michaël Tremp, le responsable marketing pour l’activité meunerie l’admet : « Aucune des technologies mises en œuvre pour atteindre ce résultat n’est duplicable à l’industrie de l’alimentation animale, mais le concept, lui, l’est. Nous encourageons nos collègues du feed à inventer un concept complètement nouveau comme nous l’avons fait avec Mill E3. Parce que tout est possible, il faut s’affranchir des normes et ouvrir le champ des possibles. » La première meunerie de ce genre nouveau est en cours d’installation pour l’opérateur britannique Whitworth’s Bros Ltd.

… et des applications

À côté du Cubic, le centre d’application Bühler ouvre ses portes à l’occasion des networking days. Dans la partie nutrition, Christoph Vogel, responsable marché nutrition présente la technologie d’extrusion bi-vis et ses applications sur le marché des analogues de viande. « Cette machine dernière moi est capable de produire 300 tonnes de blancs de poulet en 1 heure… avec seulement de la farine de protéine, soja, pois ou tournesol, de l’eau, de l’huile et quelques fibres. Elle peut aussi faire des filets de poisson. Le marché des analogues de viandes croît de manière considérable. Des gouvernements y investissent des millions, à l’image de Singapour qui soutient la recherche et favorise l’installation d’industriels sur son territoire. Les entreprises leaders sur le marché de la viande s’y lancent, comme Smithfield Foods qui vient d’inaugurer aux États-Unis en août son usine de burgers, boulettes et saucisse à base de soja. » Cette unité du centre d’application est également dédiée à la nutrition animale : « Ici nous travaillons avec nos clients à la mise en place de leur process, explique Christoph Vogel. Bühler dispose d’un second centre d’application dédié à la nutrition animale en Chine à Chang Zhou. Un extrudeur PolyOne y est déjà installé. « L’Asie, via la Chine, représente 80 % de notre marché aquafeed. Un PolyOne va également être installé ici à Uzwill dans les mois à venir afin que nous puissions en faire la démonstration et tester les recettes de nos clients. » Pendant les networking days, les autres unités du centre d’application exposent leurs procédés et savoir-faire dans les domaines alimentaires des pâtes, de la boulangerie, du cacao ou des grains ainsi que dans les domaines technologiques comme le moulage sous pression ou le broyage et la dispersion.

F. Foucher

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