Arbiom : du bois à l’alimentation des poissons d’élevage

Arbiom transforme des résidus forestiers en matière première riche en protéines à destination des poissons d’élevage. Une solution originale et durable en plein développement. Entretien avec Marc Chevrel, P-DG de cette start-up franco-américaine.

Marc Chevrel, P-DG d’Arbiom.

Marc Chevrel, P-DG d’Arbiom.

La Revue de l’alimentation animale : Pouvez-vous nous présenter Arbiom ?

Marc Chevrel, P-DG : Arbiom est une société de technologie spécialisée dans le fractionnement de la biomasse, notamment des résidus de l’industrie forestière. Une société pleine de promesses, basée en France, à Évry, et aux États-Unis, en Caroline du Nord. Depuis deux ans, nous sommes focalisés sur les applications en nutrition animale. Dans ce contexte-là, nous avons remporté une subvention de 10,90 millions d’euros de l’Union européenne, dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020, qui nous a permis de lancer, au mois de septembre 2017, le programme Sylfeed, pour démontrer technologiquement, économiquement et commercialement la pertinence de notre concept « du bois à l’alimentation ».

RAA : Pouvez-vous nous en dire plus sur ce programme Sylfeed ?

M. C. : Il s’agit de la dernière étape avant la commercialisation et le passage à la production à grande échelle. Nous sommes coordinateurs d’un consortium européen de huit entreprises. Nous sommes fiers car nous avons réuni des acteurs clé de l’ensemble de la chaîne de valeur, du bois à l’alimentation. Avec en amont l’un des leaders de la production de papier journal en Europe : Norske Skog Golbey, pour l’approvisionnement en biomasse et la mise à l’échelle industrielle. Pour le process et le traitement industriel nous avons à nos côtés le belge Prayon, l’un des leaders mondiaux de l’acide phosphorique. Et en aval, nous comptons trois organismes : l’institut de recherche suédois Rise Processum, qui apporte son expertise en protéines unicellulaires, l’institut de recherche islandais Matis pour la formulation de la nourriture pour l’aquaculture et le norvégien Østfoldforskning pour l’analyse exhaustive du cycle de vie. La validation finale du produit sera effectuée par Laxa (Islande) et Skretting (Norvège). Grâce aux différents tests que nous allons réaliser et aux données concrètes que nous allons collecter, nous allons prouver que notre produit est bon et porteur de valeurs économique, nutritionnelle et environnementale.

RAA : Justement, quel intérêt nutritionnel représente le bois en nutrition animale ?

M. C. : Nous transformons, par fractionnement de la lignocellulose, de la matière forestière considérée comme non-alimentaire en matière première alimentaire utilisable pour l’aquaculture. Une matière première riche en protéines : elle contient entre 60 et 70 % de protéines brutes. Ce produit a un profil proche de la farine de poisson en termes d’acides aminés et de digestibilité. Il vient concurrencer directement la farine de poisson, en termes nutritionnel et économique, mais le bois est une ressource beaucoup plus durable et renouvelable. Nous ne sommes pas les seuls à travailler sur les protéines alternatives, mais les premiers à développer le wood to food.

RAA : Comment fonctionne le fractionnement de la lignocellulose ?

M. C. : Le principe est le même que lorsque vous vous baladez en forêt et que vous voyez des champignons pousser sur les troncs d’arbres. Nous faisons la même chose mais en accéléré. On décompose le bois en hydrolysat, par procédés chimique et enzymatique, et nous faisons croître des micro-organismes naturels (champignons, levures) sur ce substrat bois. D’une biomasse non comestible, nous en faisons une biomasse comestible ! Nous utilisons des résidus de l’industrie du bois, comme la sciure par exemple. Et exclusivement du bois provenant de forêts naturelles et gérées durablement. Des sylvicultures sans engrais, sans pesticides, sans apport d’eau. De plus, les forêts sont plutôt en croissance en Europe et en Amérique du Nord et les industries forestières sont un marché en déclin. Il y a donc une recherche d’autres débouchés. Nous apportons donc une solution pour l’amont et pour l’aval : le besoin accru en protéines et la diminution de l’utilisation de la biomasse forestière par l’industrie.

La matière première obtenue à partir de bois, transformé par fractionnement de la lignocellulose, contient entre 60 et 70 % de protéines brutes.

La matière première obtenue à partir de bois, transformé par fractionnement de la lignocellulose, contient entre 60 et 70 % de protéines brutes.

RAA : Vous allez bientôt construire une unité de démonstration dans les Vosges ?

M. C. : Oui, nous avons le terrain, à Golbey. La construction devrait commencer d’ici la fin de l’année, pour un lancement de production début 2020. La capacité de production sera de 5 000 tonnes/an de biomasse traitée, ce qui est une capacité importante pour un démonstrateur. Cette unité fait partie d’un programme global, elle permettra d’ouvrir la biomasse forestière à de nouveaux débouchés et de franchir la dernière étape avant la construction d’une usine à grande échelle. Une unité industrielle d’une capacité de 100 000 tonnes de biomasse traitée par an. Sachant qu’une papeterie traite 600 000 tonnes/an, on reste relativement modeste pour pouvoir amorcer le marché.

RAA : Vous visez exclusivement l’alimentation des poissons d’élevage ?

M. C. : L’aquaculture est un secteur à forte valeur ajouté, où le besoin en protéines alternatives est fort et croissant. De plus, le prix de vente de notre matière première devrait être équivalent à la farine de poisson. Mais on vise à terme un marché plus large. Nous avons déjà d’autres secteurs en vue, notamment le petfood. La nutrition humaine aussi, pourquoi pas pour concurrencer le tofu !

Propos recueillis par E. Mouraud

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