Aliments d’allaitement : innover avec des ingrédients laitiers toujours plus coûteux

Comme chaque année, les fabricants d’aliments d’allaitement ont présenté au Space leurs nouveautés et actualités dans le domaine de l’aliment des jeunes ruminants d’élevage, génisses, chevreaux, agneaux… La conduite alimentaire des veaux de boucherie ne nécessitant pas d’effet de marketing, elle est passée sous silence et son actualité se dessine plutôt sous l’angle stratégique de l’évolution des modes de production. Le point commun de ces deux filières est d’être affectées par les cours durablement élevés des ingrédients laitiers.

Christophe Decourcelle, directeur commercial France Schils et Toon Joos, nutritionniste, ont présenté durant le Space la nouvelle station R&D du groupe.

« Le marché du veau de boucherie n’a pas trop souffert du creux estival habituel, les cotations connaissent même une hausse saisonnière précoce », se réjouissaient les économistes de l’Institut de l’élevage (Idele) dans le dernier numéro de Tendances Lait et viande. La consommation s’est maintenue, soutenue par la fraîcheur des températures estivales ainsi que la reprise de l’activité touristique en Europe.
Même son de cloche dans le dernier Veau Flash, lettre de la Filière veau éditée par l’Idele et Interbev : Laurent Boisset, président de la commission veau de boucherie de l’institut de l’élevage y constate lui aussi un léger assainissement du marché à partir de mai. Il juge pour autant la situation économique de la filière veau de boucherie en 2021 « inquiétante », après une année 2020 qu’il qualifie de « compliquée ». Au-delà d’un effet très saisonnier lié à un marché plus fluide grâce à une demande plus dynamique, la tendance est plutôt à l’allongement de la durée d’élevage : + 0,5 j par rapport à 2020 et + 1,2 j par rapport à 2019. Les données de l’observatoire Inosys regroupant 93 élevages soit 33 000 places de veaux montrent que cet allongement de la durée d’élevage s’accompagne d’une hausse de la consommation d’aliments, que ce soit sur la phase lactée ou sur la partie solide La filière est donc affectée par la hausse de l’alimentation qui continue de peser sur les coûts de production.

Les produits laitiers au cœur de la tourmente

Les cours de la poudre de lactosérum doux se sont envolés au premier semestre 2020 et plafonnent depuis autour de 1 000 €/tonne affichant des hausses de + 36 % par rapport à 2020 et + 20 % par rapport à 2019.
Finalement, l’Ipampa des aliments d’allaitement pour veaux, cet indice qui mesure les variations des prix d’achat des aliments d’allaitement, a continué de progresser pour atteindre l’indice 126,4 en juin 2021 (base 100 en 2015), soit 16,3 points au-dessus de son niveau de 2020. La hausse de la cotation du veau rosé clair ne suffit pas à absorber les fortes hausses des coûts alimentaires. « La cotation de la poudre de lactosérum destinée à l’alimentation animale a atteint 1 005 € / t en semaine 17 soit une hausse de + 48 % / 2020 », font observer Ilona Blanquet et Alix Gerardin économistes à l’institut de l’élevage dans le dernier numéro de Veau Flash.
Dans Tendances Lait et viande, les spécialistes de l’Idele rappellent l’état de la production laitière : « Sur le premier semestre 2021, la collecte française s’est établie à 12,5 millions de tonnes, en recul de – 117 000 t /2020 (soit – 0,9 %). Dans le même temps, la collecte dans l’UE-27 a crû de + 0,5 % /2020 pour s’établir à 74,1 millions de tonnes, ce qui correspond à un surplus d’environ 380 000 t. L’Irlande a été la force motrice de cette hausse avec + 7,7 % /2020, soit + 346 000 t ». Depuis juin, la production laitière est globalement moins dynamique dans les principaux bassins excédentaires. En juillet, elle a sensiblement reculé dans l’UE-27 et plus fortement en Australie (- 3 % /2020). En revanche, elle demeure croissante aux États-Unis (+ 2 %) et en Argentine (+ 3 %). Enfin, en Nouvelle- Zélande, le fort dynamisme de la collecte en début de campagne a peu d’impact sur les disponibilités compte tenu des faibles volumes en jeu.
Enfin, le prix du lait, certes bien orienté, ne semble plus aussi stimulant sur la production, face à la hausse encore plus forte des prix intrants (aliments, énergie).

Des cours à la hausse

Au début de l’été, l’effet de ce contexte laitier sur les produits laitiers était le suivant : « Le marché des protéines demeurait robuste. Les cours de la poudre maigre étaient stabilisés dans les principaux bassins exportateurs, après s’être fortement appréciés depuis le second semestre 2020. Le prix moyen de la poudre maigre plafonnait dans l’UE-27 à moins de 2 600 €/t ». Les opérateurs observaient une situation tendue sur le lactosérum mais plus assainie sur la poudre de lait écrémée : « Les échanges internationaux de poudre de lactosérum ont connu un bond avec une hausse de + 18 % /2020 au 1er quadrimestre. Ce flux a été presque totalement capté par la Chine qui accru ses achats de 100 000 t (+ 61 % / 2020). En revanche, l’UE-27 a tout juste maintenu ses exportations de poudres de lait, malgré la fermeté de la demande internationale : faute de disponibilités en poudre maigre et de compétitivité en poudres grasses. Les échanges internationaux de poudre maigre ont progressé plutôt modérément avec un bouleversement dans les pays exportateurs : les États-Unis ont fortement accru leurs expéditions, devenant ainsi le premier fournisseur mondial, tandis que la Nouvelle-Zélande délaissait le marché par manque de compétitivité » lisait-on dans Tendances Lait et viande. Ainsi à l’entrée dans l’été les disponibilités en ingrédients laitiers s’annonçaient historiquement élevées. Les échanges internationaux demeureront intenses et les cours se maintiendront d’ici la reprise saisonnière de la production laitière en Nouvelle- Zélande. Ensuite, leur évolution dépendra notamment de celle des cours des grains, qui sont un driver majeur des marchés laitiers…
En cette rentrée 2021, à la veille de la reprise de la production laitière néozélandaise, si les cours des produits laitiers sont plutôt stables, ils demeurent à des niveaux qui semblent durablement élevés. « Le prix moyen de la poudre maigre a pris 100 € en 6 semaines, après s’être émoussé en juillet », décrit l’analyse de Tendance Lait et viande. « Il oscille depuis plusieurs semaines autour de 2 500 €/t », commente Benoît Rouyer économiste au Cniel. « Le cours de la poudre de lactosérum est moins tendu. Il a reculé de 70 €/t en deux mois à 930 €/t début septembre. En Europe, les fabrications de poudre maigre sont contenues faute de ressources, tandis que celles de poudres grasses sont demeurées ralenties faute de compétitivité face aux fabrications océaniennes. Les exportations françaises d’ingrédients secs sont donc contrastées : hausse des exports de poudres grasses, de lactosérum et de caséines, recul de celles de poudre maigre », concluent les observateurs de Tendances Lait et viande. « Les perspectives d’offre et demande s’avèrent relativement équilibrées laissant augurer des variations modérées du prix des produits laitiers industriels au cours des prochains mois », conclut de son côté Benoît Royer. Dans ce contexte et en fonction de leur niveau d’intégration dans la filière laitière, les fournisseurs d’aliment d’allaitement souffrent plus ou moins de la situation.

Françoise Foucher

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