28e Assemblée générale de Nutrinoë : une filière qui se mobilise pour le climat

Le 3 juillet dernier, les professionnels de la nutrition animale du Grand Ouest se sont réunis à Brest pour l’assemblée générale de l’association bretonne Nutrinöe. Cette journée a été l’occasion de faire le point sur l’année écoulée et d’aborder également le thème concernant les impacts de la production d’alimentation animale sur le climat et notamment sur les gaz à effet de serre.

De nombreux efforts pour limiter les gaz à effet de serre (GES) ont d’ores et déjà été accomplis, mais l’association Nutrinoë entend bien accélérer. Pour cela, elle a présenté, entre autres, lors de sa dernière assemblée générale, les actions et pistes d’évolution pour mobiliser tous ses adhérents, partenaires économiques, mais aussi les pouvoirs publics pour aller encore plus loin pour réduire son empreinte environnementale notamment à travers le transport.

Romain Lemarié, chargé de missions chez Nutrinoë et Feedsim Avenir, a présenté les constats relatifs à la filière aliments pour animaux.

En France : quel constat ?

Les engagements de la France en termes de réduction des émissions de GES sont en place depuis quelques années. Les orientations stratégiques françaises pour mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas carbone s’étalent sur la période 2015-2028 : « Réduction de -29 % des émissions dans le secteur des transports (avec une amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules, développement des véhicules propres, etc.), réduction de -12 % des émissions dans le secteur de l’agriculture (grâce au projet agro-écologique), et réduction de -24 % des émissions dans le secteur de l’industrie (efficacité énergétique, économie circulaire, etc.) » Le projet de loi relatif à l’énergie et au climat (juin 2019) accélère les engagements avec une division par 6, au lieu de 4, des émissions de GES entre 1990 et 2050.

Romain Lemarié, chargé de missions chez Nutrinoë et Feedsim Avenir, a présenté les constats relatifs à la filière aliments pour animaux : « Les émissions de GES relatifs aux aliments pour animaux se répartissent de la façon suivante : 91,2 % pour les matières premières, 7 % pour le transport routier, 1,4 % pour le process et 0,4 % pour le transport ferroviaire. Des solutions sont d’ores et déjà en place pour aider à baisser ces émissions. »

Le biogaz pour le transport routier

Concernant le transport routier, un travail énorme a déjà été fait sur les émissions des camions en matière de particules fines, ils sont tous aujourd’hui en Euro 6 (normes européennes relatives aux émissions). Mais il reste des efforts en matière de diminution des GES.

Le biogaz semble être une des solutions de demain. Benjamin Simon, responsable mobilité durable chez GRDF, a présenté les véhicules roulant au GNV (gaz naturel vert) : « Le diesel n’a jamais été aussi propre, néanmoins des alternatives à son usage s’imposent pour aller plus loin. » Pour lui, il faut aller vers un mix énergétique. La vision concernant chaque carburant s’apprécie selon plusieurs paramètres : « Offre et performance du véhicule, maturité technologique, modèle économique, solutions d’avitaillement, gestion de l’entretien et performance environnementale. »

Différentes offres sont possibles dont le GNV, un carburant plébiscité avec une demande croissante. « C’est une technologie mature, assurant des autonomies de 400 à 1 000 km selon les véhicules et leurs usages, des puissances et des couples quasiment équivalents aux standards diesel avec des consommations équivalentes, détaille M. Simon. L’équilibre technico-économique est déterminé au cas par cas, en fonction du coût de carburant de la station, du kilométrage annuel parcouru par les véhicules, de la consommation de celui-ci et du type de trajet. Selon les tournées réalisées, la localisation et la configuration des sites et les solutions de ravitaillement (station privée ou multi-acteurs ou bien publique) sont à choisir au cas par cas, et peuvent être complémentaires. Il existe aujourd’hui un maillage de stations d’avitaillement de GNV pour les professionnels qui se densifie, plus d’une centaine en France avec un objectif de plus de 250 d’ici deux ou trois années. La Bretagne en compte six et de nombreux projets sont à venir. Le bilan CO2 est majoritairement à l’avantage du GNV. Il s’établit entre +7 et -20 % et des baisses des émissions de NOx de -40 à -64 % (source : projet Équilibre). Le GNV s’améliore de jour en jour. »

Le bioGNV est une version renouvelable et décarbonée du GNV obtenue grâce à la méthanisation de déchets organiques. « Un poids lourd roulant au bioGNV émet -84 % de CO2 que son équivalent diesel en considérant le cycle de vie du puit à la roue. Ce modèle d’économie circulaire peut trouver de nombreuses ressources en Bretagne. Cette terre d’élevage peut en effet fournir un gros réseau de méthaniseurs. Il existe d’ailleurs un collectif BreizhBioGNV. »

La maison François Cholat est le premier fabricant à utiliser un camion roulant au GNV. Nous en avions parlé dans notre revue de janvier RAA-723.

Benjamin Simon, responsable mobilité durable chez GRDF, a présenté les véhicules roulant au GNV (gaz naturel vert).

Le B100

« Une énergie 100 % végétale 100 % Made in France, introduit Marc Vandecandelaere, directeur commercial chez le groupe Avril. Le B100 est un carburant composé à 100 % d’esters méthyliques d’acides gras. Le groupe avril en a développé un : l’Oleo100. C’est un biodiesel issu de la filière colza française. Une énergie renouvelable offrant la meilleure efficacité carbone par rapport aux autres carburants liquides et qui émet 60 % de gaz à effet de serre en moins que le gazole fossile qu’il remplace. » Oleo100 fait l’objet d’une traçabilité complète agréée par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) depuis le stockage des graines de colza des agriculteurs français jusqu’à la livraison dans les cuves de stockage. Les économies de GES sont calculées pour chaque lot livré et font l’objet d’une comptabilité et d’un rapport officiel transmis au client et exploitable en aval. « Elle est compatible avec une large gamme de moteurs. Elle présente une tenue au froid comparable à celle du gazole : Oleo100 existe en version Grand froid (-20 °C). » Pour l’utilisation de cette nouvelle énergie, le groupe Avril annonce « zéro investissement spécifique à prévoir et un coût d’usage du même ordre que le gazole ».

Transport mutualisé

Laurent Coat, responsable logistique Triskalia DPNA – Nutréa et directeur opérationnel Transena, a présenté Vialim, « la marque de transport qui gère les volumes aliment de Triskalia, Nutréa et Moulin d’Hyère. Elle est composée de 85 % de transporteurs extérieurs et 15 % de transport interne.

Elle est active sur les volumes vrac et conditionnés ».

La réorganisation industrielle est le point de départ de cette mutualisation : « Regroupement des équipes d’exploitation transport, mutualisation informatique des flux, organisation du rechargement des véhicules en fonction de la proximité des usines, etc. » Le logiciel d’optimisation propose le rechargement au plus court en tenant compte des kilométrages à vide les plus réduits possibles. Il prend en compte : « La règlementation sociale applicable au transport, les impératifs horaires des éleveurs, les impératifs en lien avec l’organisation (2×8, la capacité des camions, accès, etc.), le coût optimisé, les règles d’incompatibilité et d’enchaînement des livraisons, etc. » L’organisateur reste maître de la décision finale.

« Le projet a démarré en juin 2017, détaille Laurent Coat. Nous sommes passés de 2,8 % des volumes mutualisés en 2017 à 12,65 % des volumes mutualisés en 2018. Le nombre de véhicules nécessaires a diminué de -11,60 %, essentiellement sur la flotte interne. Et l’évolution du ratio kilomètre par tonne livrée 2017-2018 est de -4,39 %. »

Transport ferroviaire en pleine réflexion

Millet Rail est une société créée par la société Millet SAS pour assurer la traction de convois ferroviaires sur le Grand Ouest.

Sébastien Marder, président de Millet Rail a présenté cette autre solution au transport routier : « Depuis janvier 2019, Millet Rail transporte les matières premières de leur zone de collecte vers les industriels bretons. Nous avons assuré la suite de la reprise du fonds de commerce Colas Rail sur la partie céréale. Depuis le 1er avril 2019, quatorze trains roulent par semaines soit 70 % du besoin des industriels bretons. Dans trois mois, nous prévoyons vingt trains par semaines soit 100 % du besoin des industriels bretons. Dans deux ans, nous espérons programmer vingt-cinq trains par semaine selon les prévisions des industriels. »

Les facteurs clés de succès pour augmenter la productivité et la compétitivité de ce mode de transport : « Donner de la visibilité à nos clients industriels au travers d’un plan de transport robuste et fiable, une visibilité et stabilité sur les points de chargements et l’inscription sur l’axe structurant vers la Bretagne dans une démarche de réservation de capacité auprès de SNCF Réseau. » Affaire à suivre pour un réseau vieux de plus de 150 ans qui veut évoluer et proposer une alternative efficace aux autres transports.

Sébastien Marder, président de Millet Rail.

Matières premières durables

La problématique concernant le choix et l’utilisation des matières premières durables a également été abordée comme problématique de baisse des émissions de GES. Un focus sur le soja a été proposé. C’est l’un des ingrédients les plus utilisés en nutrition animale et sa culture est en pleine réflexion : local, plantation durable, charte et référentiel, sans OGM, etc.

Lieven Callevaert, représentant France de GMP+ et vice-président de RTRS (Round table on responsable soy association), a rappelé le rôle de ces référentiels dans la garantie des approvisionnements en soja durable, provenant de culture limitant la déforestation, sans OGM, durable, etc. « Un séminaire est prévu le 20 novembre prochain sur GMP+ FRA à Paris, a-t-il précisé. Les inscriptions peuvent se faire directement auprès de GMP+. »

Le Synacomex, Syndicat national du commerce d’exportation des céréales, est également engagé dans une démarche de soja « propre ». Pour lui, l’arrêt du soja brésilien ne règlera pas le problème de la déforestation. Il croit plus dans la mise en place de standards internationaux avec l’ensemble des professionnels de la filière mais également des institutions telles que des ONG. L’objectif est d’aller plus loin que les référentiels actuels, ensemble.

Nicolas Vanier, explorateur, écrivain et réalisateur de film, invité d’honneur de cette assemblée générale à clôturer l’ensemble des débats sur le climat. « Nous avons conjugué le verbe Avoir trop longtemps, c’est au tour du verbe Être maintenant ! Je pense que nous avons 5-6 ans avant une phase d’emballement. Il est grand temps de réagir et votre filière à de grands défis devant elle. »

Caroline Villéger

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